La Villeneuve, une hospitalité en acte

source : Revue d’urbanisme Diagonal (4 octobre 2022). La Villeneuve, une hospitalité en acte. Revue Diagonal. Consulté le 3 février 2025 à l’adresse https://doi.org/10.58079/nls0

Quartier emblématique des années soixante-dix, alors porté par une volonté politique de transformation sociale, La Villeneuve fait l’objet d’une rénovation urbaine. La Ville de Grenoble, soucieuse du bien-être de ses résidents (1), s’appuie aussi sur son passé et sur les pratiques habitantes pour concevoir un projet novateur à certains égards.

Car le quartier est atypique, et si la presse s’en est emparée à de nombreuses reprises pour relater les émeutes urbaines de 2010 ou des faits divers, il apporte des aménités que l’on ne retrouve pas souvent à ce niveau dans les sites en politique de la ville. Des atouts qui permettent à Grenoble d’inscrire le projet dans la perspective d’un écoquartier populaire et aux résidents de défendre leur point de vue sur son devenir.

Villeneuve a en effet bénéficié dès l’origine d’une politique sociale et urbaine ambitieuse.  Alors que Magali Talandier définissait l’hospitalité comme une intention “d’attirer tout un chacun, de retenir et d’accueillir” en introduction aux journées du CFDU, cette acception pourrait s’appliquer à la manière dont les urbanistes d’alors concevaient le quartier. La première partie du grand ensemble, l’Arlequin (1 800 logements), devait voir le jour en 1972, suivi quelques années plus tard par les Géants. Doté de logements spacieux – réservant de belles vues sur la montagne, traversants, lumineux et pour certains en duplex, voire triplex -, le quartier de l’Arlequin doit son nom au jeu des couleurs sur la façade des immeubles. Ses qualités intrinsèques lui ont ainsi valu le label “patrimoine du XXe siècle” en 2003.  L’attention portée aux cheminements quotidiens des habitants et la création de nouveaux espaces de convivialité participaient aussi du projet.  “La municipalité voulait créer un environnement urbain agréable pour tous, sans ségrégation sociale, avec des espaces de circulation qui favoriseraient les relations sociales et des équipements servant de support à la transformation des rapports sociaux, rappellent les auteurs de Plaidoyer pour Villeneuve. Jean Verlhac (en charge du projet à la Ville de Grenoble) disait qu’il cherchait à créer un projet qui se situe entre le réel et l’utopie, à la limite du possible.” (2) Mêlant logements sociaux et copropriétés, le quartier avait vocation à mettre en acte un idéal de mixité sociale, que les nombreux équipements publics et structures associatives pouvaient accompagner. Le tout ouvert sur un parc de 14 ha dessiné par Michel Corajoud – paysagiste et Grand prix de l’urbanisme 2003 – l’un des plus grands de Grenoble mais aussi le plus méconnu.

Alors certes, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Les investisseurs sont venus moins nombreux qu’annoncé à l’Arlequin, les grands appartements ont été regroupés dans un immeuble, on a diminué le nombre d’ascenseurs, les statuts juridiques mêlant parc social et parc privé ont compliqué la gestion des espaces communs. Pour autant “l’innovation sociale demeure importante et les habitants sont pour beaucoup attachés au quartier, en dépit d’une image qui s’est dégradée au fil du temps”, précisait Séverine François, cheffe de projet renouvellement urbain, lors de la visite du quartier. Le vieillissement des bâtiments et des espaces publics a suscité depuis plusieurs années différentes interventions pour les requalifier. Un plan de sauvegarde est en cours avec l’Anah sur les logements privés, avec une forte mobilisation financière de l’Agence et de la Métropole. L’objectif est de privilégier la réhabilitation thermique à la démolition, en créant des unités résidentielles plus petites. Les bailleurs sociaux s’engagent aussi dans ce sens, même si la convention de renouvellement urbain signée avec l’Anru n’a pas permis d’éviter la démolition d’un immeuble comprenant 95 logements de grande taille (3). Or “les démolitions ont été mal vues par les habitants, constatait la cheffe de projet. Toutefois, dans le cadre de la charte du relogement beaucoup d’entre eux ont demandé à rester sur le site et le bilan général relève qu’ils ont obtenu satisfaction”.

Pour autant, à l’échelle nationale, “la parole habitante des quartiers populaires n’est pas suffisamment écoutée, regrettait Bénédicte Madelin, autrefois directrice de Profession Banlieue et aujourd’hui membre du collectif Pas sans nous, lors de ces Universités d’été. Même si la participation des habitants au projet figure parmi les obligations de l’Anru, rien n’indique que leur point de vue puisse le réorienter, en particulier sur la question des démolitions.  La concertation ne rime pas forcément avec le pouvoir d’agir dans un cadre institutionnel, ce qui peut conduire à de vraies crispations. Une enquête menée par l’association auprès des habitants des quartiers prioritaires de 44 villes révèle ainsi que “le logement est la première préoccupation des gens, qui ressentent aussi une grande colère”, ajoutait Bénédicte Madelin.

Au-delà des logements, la spécificité de Villeneuve réside aussi dans son parc, généreux, arboré, véritable poumon vert de la ville et du quartier en particulier. Manon Locatelli, en charge de son évolution dans le cadre du PNRU, a expliqué combien les habitants en sont fiers et y vivent au quotidien. L’eau y occupe une place importante, mais à sa création elle était surtout pensée pour l’arrosage, ou comme ornement ou instrument de lien social. “Aujourd’hui, une gestion plus vertueuse de l’eau se met en place à l’échelle du parc. On se déconnecte des réseaux pour privilégier l’infiltration notamment et l’on souhaite offrir aux habitants un cadre sanitaire et réglementaire autorisant la baignade dans le bassin de 4 000 m² en toute sécurité.” Une étude de faisabilité a montré les contraintes liées à la mise en place de la baignade en milieu urbain, tout en pointant les voies pour concevoir un projet qui sera unique en son genre. Une maîtrise d’œuvre pour la baignade naturelle a été retenue et l’installation de nouveaux équipements ludiques est envisagée. Le projet, très ambitieux, pourra ainsi renforcer les aménités du lieu, tout en s’ouvrant davantage sur l’extérieur, ce qui suscite d’ailleurs quelques craintes des riverains.

Reste que, si l’on applique au parc et aux espaces habités de la Villeneuve les propos généraux de Nicolas Tixier, directeur du Cresson (Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain), qui concluait les journées du CFDU, l’enjeu sera aussi de “penser l’hospitalité au projet, en laissant de la place à l’imprévu”. Un équilibre délicat à trouver, entre normalisation et chemins de traverses…■

Virginie Bathellier

1) Cf. Article “Grenoble-Alpes-Métropoles : l’IBEST ou le bien-être sur mesure”, Diagonal N°214, mars 2022.

2) Plaidoyer pour Villeneuve, Pouvoir d’agir et planification démocratique face à la rénovation urbaine de l’Arlequin, Seb Breynat, Morgane Cohen, David Gabriel, Éditions du Puca., décembre 2015

3) l’objectif de la démolition – adapté selon les sites- est inscrit dans le règlement général de l’Anru.

Cartographie des communs ruraux, maritimes et fonciers

L’idée de cartographier et de caractériser ces communs ruraux, forestiers et maritimes français est née sur la liste du réseau francophone des communs (liste échanges) en 2022.

Le petit groupe de travail qui en est sorti, s’est donné pour objectif de construire une « preuve de concept » d’un outil de cartographie contributive qui permette de localiser et de documenter de manière participative, un nombre significatif de ces communs ruraux, forestiers et maritimes.

Il s’agit de mieux connaitre leurs localisations, règles et usages, leurs cadres juridiques et leurs histoires, les services sociaux, écosystémiques qu’ils rendent et les risques encourus s’ils disparaissent, mais aussi les communautés d’usage qui en prennent soin.

Le choix des critères définis pour documenter ces communs a fait l’objet d’un travail coopératif approfondi, mais nécessairement lié à l’expérience subjective des membres du groupe de travail. Il ne prétend donc pas être exhaustif, encore moins définitif.

La proposition est cependant de les retenir à ce stade de l’expérimentation, afin d’aboutir dans un premier temps à une carte qui donne à voir et à comprendre le nombre, la richesse, la diversité, les usages ainsi que l’utilité sociale et écologique de ces « lieux en communs ».

Cette première cartographie expérimentale élaborée en commun sous licence libre « Creative Commons » pourra alors dans un deuxième temps servir de base à un projet universitaire ou professionnel plus ambitieux, destiné le cas échéant au grand public et à leur mise en réseau.

https://yeswiki.lescommuns.org/communsnaturels/LintentioN

Laboratoire européen d’entraide juridique pour les communs

Des membres de l’Assemblée des Communs de Grenoble ont contribué aux discussions favorisant l’émergence du laboratoire européen d’entraide juridique pour les communs lors du Commonscamp de Marseille qui s’est déroulé le 17,18 et 19 Janvier 2020. A cette occasion, plusieurs grenoblois ont contribué aux différents ateliers juridiques et aux discussions lors du Forum Ouvert en particulier autour du droit à la ville et des communs urbains.

Suite à ces échanges, un groupe de travail a été constitué composé de juristes et de commoneurs visant à identifier des problématiques Une première rencontre a eu lieu lors de l’assemblée des communs des communs de Marseille visant à

  • déployer une méthodologie et des outils d’appui à des situations locales entrant la dynamique des communs
  • organiser des temps d’échanges pour partager les questionnements les ressources et les pistes relatives à ces situations
  • réaliser une plateforme en ligne de partage de ressources et expériences

Une phase de préguration du laboratoire d’entraide juridique a début au cours de l’année 2022 avec l’objectif de

  • préfigurer un pôle d’entraide juridique composé de juristes chercheurs ou praticiens. Ce dispositif pourra être interne ou adossé au labo (via une structure ad hoc par exemple).
  • développer un outil méthodologique et pratique qui permette aux collectifs de commoners de formaliser des déclarations d’usage civique des communs en France ;
  • développer un outil de partage de documentation ;
  • définir les modalités de gouvernance et un modèle économique pérenne

source image : https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Commons_Camp_Marseille_2020

Tracer les lignes d’erre en commun. Récit de l’Assemblée des Communs de Grenoble et des possibles

Article écrit par Ezgi Bakçay (collectif Karşı Sanat) et İmge Haliloğlu pour la revue Bir+Bir. 1+1 Express est un réseau d’actualités, revue et commentaires de l’association Culture et Art Bir+Bir, fondée en 2017 par le collectif 1+1, opérant depuis 1994. Le magazine 1+1 Express est publié trimestriellement en version papier et disponible en librairie. Vous pouvez lire la version turque de cet article ici. L’article a aussi été publié sur le site de Commonspolis.

Dans une période où le temps et l’espace social deviennent de plus en plus claustrophobiques, la société civile est étouffée, nous avons décidé de prendre l’air de la montagne pour regarder vers d’autres horizons. On s’est croisé avec des vieux amis des mouvements sociaux urbains qui continuent à chercher, tracer, marcher sur « les lignes d’erre en commun” pour déclencher notre imagination collective. On s’est retrouvé dans le climat inspirant des associations et des lieux indépendants dans la région de Grenoble. Depuis le cœur des Alpes, nous sommes immergées dans les idées et les pratiques par le biais d’un réseau couvrant l’ensemble du territoire français et au-delà.

A l’occasion de notre visite à l’Assemblée des Communs et des Possibles à Grenoble en France, nous avons interviewé David Gabriel Bodinier qui est un artiste-activiste impliqué depuis de nombreuses années avec des mouvements sociaux urbains qui agissent dans les quartiers populaires. Nous avons parlé des trajectoires de “commoning” dans un contexte historique, des communs, du droit à la ville et du municipalisme. Nous avons parlé ensemble du passé, de ce qui se passe aujourd’hui et de quelques idées pour le futur.

Tu es actif depuis plusieurs années dans le quartier emblématique de la Villeneuve qui fête ses 50 ans cette année et dans l’Assemblée des Communs de Grenoble. Peux-tu nous parler un peu de l’histoire de ta ville et du quartier de la Villeneuve ?

Grenoble est une ville secondaire située à une centaine de kilomètres au sud de Lyon, au cœur des Alpes françaises. On dit souvent que c’est la capitale des Alpes, car elle est vraiment située au cœur des montagnes et à la confluence de deux rivières. Il s’agit d’une petite ville mais qui a une histoire spécifique pour les mouvements sociaux. On dit parfois que la révolution française a commencé à Grenoble avec la journée des Tuiles le 7 Juin 1788 ! Tout au long du XIXème siècle, la ville a été marquée par l’industrialisation aboutissant à la création de plusieurs quartiers ouvriers, en particulier St Bruno où il subsiste encore aujourd’hui une culture d’organisation politique. Pendant la seconde guerre mondiale, Grenoble a été un lieu important pour les mouvements de résistance qui ont pris les maquis dans les montagnes entourant la ville, en particulier dans le Vercors. A partir du milieu du XXème siècle, la ville est devenue un grand centre universitaire avec de nombreuses institutions de recherche. Toute cette histoire a créé une ambiance spécifique pour une ville de cette taille.

Depuis les années 60, Grenoble est devenue laboratoire politique pour la nouvelle gauche. Les groupes d’action municipale (GAM) ont remporté les élections en 1965 avec l’idée d’une réappropriation des institutions municipales par les citoyens. Ils voulaient que les habitants participent à la gestion de la ville face au pouvoir de l’Etat. Cette stratégie politique a permis de transmettre la tradition du municipalisme où les mouvements sociaux cherchent à contester le pouvoir de l’Etat à partir du pouvoir des villes. Les groupes d’action municipale cherchaient d’abord à transformer le quotidien des habitants à travers de nouvelles politiques urbaines. Ils se sont notamment inspirés des théories d’Henri Lefebvre pour créer un vaste projet urbain situé au sud de Grenoble qui s’appelle la Villeneuve.

La Villeneuve est le résultat de la rencontre entre les groupes d’action municipale (GAM) et une coopérative d’architecture et d’urbanisme (AUA) et des citoyens. Ensemble, ils ont essayé de réaliser une utopie à une grande échelle : plusieurs milliers de logements sociaux, des copropriétés, des nombreuses écoles autour d’un projet d’éducation alternative, des centres de santés communautaires, des centres culturels, un parc de 14 hectares, une télévision de quartier, une école d’architecture… La Villeneuve est devenue un lieu emblématique qui a beaucoup marqué l’histoire urbaine en France et les mouvements sociaux urbains.

Tu es le fondateur d’une association Next Planning créée à la Villeneuve de Grenoble. Dans quel contexte a été créée l’association ? Quel est votre lien à l’histoire de la Villeneuve ?

Next Planning a été créée dans le contexte d’un vaste mouvement d’organisation dans les quartiers populaires de Grenoble qui a débuté en 2010. Avec plusieurs activistes, nous avons commencé à discuter de la nécessité de créer de nouvelles organisations dans les quartiers populaires à la suite des révoltes urbaines entre 2005 et 2010. Nous nous sommes inspirés des méthodes d’un sociologue américain Saul Alinsky à l’origine de la tradition du community organizing à Chicago pour créer une vaste organisation qui s’appelle l’Alliance Citoyenne avec plusieurs centaines d’habitants.

Nous avons créé Next Planning à la suite de ce mouvement avec l’idée de construire un outil pour la transformation des politiques urbaines et municipales. Notre objectif est de soutenir les capacités des habitants à intervenir dans les processus de planification urbaine. Comme à l’époque des groupes d’action municipale (GAM), nous voulons une réappropriation de la ville par les citoyens et réussir à modifier les plans en se basant sur les propositions des habitants et des mouvements sociaux.

A partir de 2012, nous avons rencontré un groupe d’habitants qui luttait contre un projet de rénovation urbaine qui imposait la démolition de plusieurs immeubles de la Villeneuve. Ce groupe était réuni autour d’un ancien instituteur André Béranger qui avait participé au projet pédagogique de la Villeneuve dès les premières années. C’est à ce moment-là que nous avons découvert l’histoire de la Villeneuve qui avait été un peu oubliée. Nous avons alors commencé à travailler sur la mémoire de ce quartier pour envisager comment il était possible de lutter contre les démolitions du quartier. Nous avons créé un Atelier Populaire d’Urbanisme (APU) rassemblant des habitants, des associations, des architectes, des chercheurs (…) pour élaborer un projet alternatif à la démolition de la Villeneuve. Nos propositions ont été reprises lors des élections municipales de 2014 contribuant à l’élection d’Eric Piolle autour d’un nouveau rassemblement des citoyens de la gauche et des écologistes.

C’est à partir de ces années-là que l’on commence à parler du “nouveau municipalisme” avec des expériences qui émergent dans plusieurs villes dans le monde, en particulier suite au mouvement d’occupation des places. Quel est le lien avec le mouvement des places et les expériences municipalistes qui ont émergé, par exemple, en Catalogne et en Espagne ?

Nous avons été très marqués par le mouvement d’occupation des places des indignés en Espagne, la place Tahrir et les révolutions arabes, le mouvement occupy aux Etats-Unis et de l’occupation du parc Gezi à Taksim. Selon notre perspective, ces mouvements s’inscrivaient dans le prolongement du mouvement altermondialiste et des forums sociaux. En France, il a fallu attendre le printemps 2016 pour voir l’émergence du mouvement Nuit Debout. A Grenoble, nous avons occupé pendant deux mois le parvis de la Maison de la Culture (MC2) qui est un espace public entre le centre ville et les quartiers populaires, dont la Villeneuve.

Pendant les deux mois de l’occupation, nous avons eu beaucoup de temps pour discuter de nos stratégies politiques. Lors des assemblées, dans les commissions ou pendant la nuit sous les tentes, nous discutions de l’importance de continuer à soutenir les luttes pour le logement, l’auto-organisation dans les quartiers populaires, la défense des communs mais aussi des stratégies de réappropriation des institutions municipales. C’est à la suite de cette occupation que nous avons créé l’Assemblée des Communs de Grenoble.

En 2017, nous avons eu l’opportunité de participer au premier sommet municipaliste Fearless Cities à Barcelone à l’initiative de la plateforme « Barcelona en Comú« .Dans une époque marquée par le retour des autoritarismes, ce rassemblement des « villes sans peur » visait à transformer la façon de faire de la politique en partant du bas. Le mouvement s’inscrivait dans la perspective d’un « nouveau municipalisme » en s’inspirant du philosophe et écologiste Murray Bookchin.. Nous avons commencé à échanger sur nos expériences respectives et à discuter en profondeur les stratégies de réappropriation des institutions municipales. Un certain nombre de participants ont poursuivi les échanges lors de l’assemblée européenne des communs à Madrid qui a été organisée plusieurs mois plus tard. Toutes ces rencontres ont contribué à bâtir une alliance entre les mouvements d’habitants du droit à la Ville, les mouvements communs et le municipalisme à l’échelle européenne. Nos échanges transnationaux ont permis d’inscrire les stratégies municipalistes dans le temps long car la réappropriation des institutions municipales face au pouvoir de l’Etat est un phénomène qui s’est répété à travers l’histoire dans de nombreux pays.

En Turquie, l’opposition sociale,qui est devenue beaucoup plus fragile dans la période antidémocratique vécue après l’occupation du parc Gezi, discute des perspectives ouvertes par les élections municipales de Istanbul 2019 qui pourraient aller plus loin avec la possibilité d’un changement politique en 2023. C’est pourquoi les échanges avec les expériences menées en Espagne, en France, en Italie ou ailleurs sont importants à la veille de l’élection présidentielle. Tu as cité les Assemblées des Communs, où nous étions invités. Peux-tu nous en dire plus ? Comment ces assemblées s’organisent et quelles sont les méthodes ?

Les Assemblées des Communs rassemblent des personnes et organisations impliquées dans les communs pour échanger sur nos pratiques et défendre un agenda politique. C’est un outil politique qui essaye de créer de nouvelles pratiques politiques dans les territoires. Au début, nous avons commencé à discuter de nos pratiques d’occupation des places, des espaces alternatifs et des quartiers comme par exemple, le soutien aux habitants de la Villeneuve face à la démolition de leur quartier. Puis, nous avons élargi la discussion à la défense des communs naturels – des rivières, les forêts, les montagnes, les champs (…) et des communs immatériels – nos pratiques culturelles, numériques, connaissances, mémoires…

Les assemblées visent à renforcer nos pratiques de « commoning » en s’organisant de façon horizontale dans les territoires. Nous essayons d’avoir des formes d’organisation qui permettent de gérer nos ressources de manière démocratique, y compris en essayant de remettre en cause les rapports de pouvoir et domination qu’il peut y avoir au sein de nos communautés. Nous voulons être attentifs à ce que chacun puisse participer aux assemblées des communs et apprendre des différentes pratiques d’auto-organisation. Par exemple, lors de la dernière assemblée, nous avons beaucoup appris des pratiques des tables de quartier, qui sont des formes d’organisation des habitants dans les quartiers populaires.

L’une des spécificités de l’assemblée des communs de Grenoble, c’est que la municipalité de Grenoble participe à l’assemblée. Cela suscite beaucoup de débat mais nous trouvons cette situation intéressante. Dans l’assemblée, la municipalité a une voix comme une autre organisation politique. Ni plus, ni moins. Donc, il faut être clair : ce n’est pas la ville de Grenoble qui dirige l’assemblée des communs et les mouvements gardent leur autonomie. Pour les personnes qui travaillent pour la municipalité ce n’est pas toujours facile ! Nous essayons de changer la position des institutions municipales vis-à-vis des mouvements sociaux, tout cela dans un cadre ouvert et convivial. Dans nos assemblées, on discute, on mange ensemble et on fait la fête (rire) !

C’était une réunion qui n’était pas encadrée d’avance mais qui était organisée in-situ à partir de la présence et les exigences des participants. On a remarqué qu’avec les fréquentations successives des années, l’assemblée a créé une communauté. Les participants sont déjà en train de travailler ensemble sur leurs problèmes locaux. Qui était les participants de la dernière assemblée des communs et des possibles et quels étaient les thèmes de discussion?

L’assemblée forme une constellation de groupes très différents avec des activistes, des associations, des artistes, des chercheurs (…) par exemple des représentants d’un espace alternatif qui s’appelle “Le Lieu” qui est dédié aux personnes sans logement pour qu’ils puissent avoir un lieu dans la ville pour se poser, discuter, s’organiser pour défendre leurs droits… D’autres participants sont impliqués dans les tables de quartier qui sont des groupes auto-organisés d’habitants dans les quartiers populaires. Il y a également des associations qui défendent la rivière, des personnes impliquées dans les communs fonciers qui participent à la gestion des ressources naturelles, des chercheurs, des juristes qui s’intéressent aux communs et des artistes pour s’ouvrir à de nouvelles sensibilités et à de nouveaux imaginaires à travers les communs.

Durant l’assemblée des communs et des possibles, nous avons discuté autour de l’idée de l’anthropocène, même si ce n’est pas évident de construire un langage commun entre toutes significations scientifiques, politiques et artistiques liées à la lutte contre le changement climatique. Nous essayons de créer de nouvelles convergences entre les communs urbains et des communs dans les espaces naturels. A Grenoble, nous avons beaucoup de montagnes et des espaces fonciers qui sont des communs, par exemple les “sections de commune” qui ne sont pas gérés par l’Etat ou des propriétaires privés mais qui sont gérés en commun.

Nous avons également discuté des communs dans un contexte transnational, comme les liens que nous pouvons établir avec les artistes et les activistes en Italie, en Espagne, en Turquie…l y a toujours eu de nombreux échanges translocaux dans l’histoire mais aujourd’hui l’échelle et la vitesse des circulations sont de plus en plus importantes avec de multiples influences réciproques.

Notre génération est en train d’expérimenter de nouvelles radicalités politiques et démocratiques. Les mouvements sont devenus très exigeants dans la façon de s’organiser au niveau infrapolitique. Il y a une profonde influence des mouvements féministes qui ont remis en cause des statuts de pouvoir, des façons de parler, des attitudes. Il y a également de nouvelles connaissances et de nouvelles pratiques qui se développent avec plus de sensibilité et d’ouverture, y compris aux non-humains. Nous ressentons plus grande prise en compte des plantes, des animaux, des plantes, du climat. Nous avons par exemple beaucoup parlé lors de la dernière assemblée des rivières dans notre région. Comment peuvent-elles se défendre ? La rivière peut-elle parler ? Les écrivains et les artistes ont beaucoup à nous apprendre car un certain nombre d’entre eux peuvent retranscrire ce qu’exprime la rivière.

La Villeneuve.

La Villeneuve.

Pour pouvoir concrétiser vos pratiques, pendant la pandémie qu’elles ont été les solidarités qui ont été créées par les mouvements et associations ?

Notre première stratégie est de renforcer nos bases sociales. En France, après les révoltes des quartiers populaires, nous avons commencé à soutenir des processus d’organisation des habitants dans les quartiers populaires. Nous avons commencé par créer des relations avec des personnes qui n’étaient pas du tout activistes et qui essayaient juste de se défendre face à des problèmes quotidiens, du logement, des problèmes économiques, les difficultés éducatives…

Ces pratiques se sont renforcées pendant la pandémie où il y a eu beaucoup d’actions d’entraide et de solidarité autour d’actions très concrètes sur l’alimentation, la défense des conditions de logement, le soutien aux personnes âgées ou aux enfants. Nous avons essayé de reconstruire nos pratiques politiques à partir de dimensions très concrètes de la vie quotidienne pour ne pas rester au niveau des grandes théories conceptuelles du rapport à l’Etat, aux multinationales et au capitalisme, même si elles sont aussi importantes.

Pour concrétiser, nous essayons de créer des organisations avec l’ensemble des couches de la société pour être au plus près de la société et éviter de constituer des petits groupes isolés. Nous avons besoin d’être nombreux pour faire face aux autres forces qui traversent la société, en particulier l’extrême droite. Depuis plusieurs années, les pays européens sont traversés par des mouvements d’extrême droite et nous avons un défi très important d’éviter leur prise de pouvoir. L’extrême droite est récemment arrivé au pouvoir en Italie et cette situation peut arriver partout.

Ensuite notre stratégie est de prendre les institutions municipales pour contester le pouvoir de l’Etat.

Nous arrivons à un point crucial de notre interview. Comment vous arrivez à travailler avec les municipalités ? Ici, c’est une grande question car nous devons rendre la communication plus efficace et les processus plus participatifs. Quelle est ton expérience?

Les relations avec les municipalités sont toujours difficiles car ce sont des institutions qui héritent d’un fonctionnement hiérarchique qui est souvent assez éloigné des pratiques des mouvements sociaux. Les municipalités ont un fonctionnement centralisé autour de la figure du maire, avec un petit monde qui gravite autour de nombreux services municipaux, des techniciens, divers intérêts… C’est justement ce fonctionnement que nous essayons de transformer avec le nouveau municipalisme. En Espagne, la plateforme « Barcelona en Commun » a commencé à développer une nouvelle culture politique au sein des municipalité en associant les associations, les citoyens, les mouvements sociaux à la définition des nouvelles politiques municipales. Notre défi est de réussir à transformer les municipalités à partir des pratiques que nous avons développées lors des occupations des places avec les assemblées démocratiques. Après le mouvement d’occupation des places, il y a un mouvement d’occupation des municipalités pour pouvoir les transformer.

Je peux essayer d’illustrer mon propos par une image. A Grenoble, le maire Eric Piolle était présent lors du mouvement d’occupation de l’espace public devant la Maison de la Culture. Il a participé à une assemblée comme tous les autres citoyens. Il était venu écouter ce qu’avaient à dire les habitant-es qui étaient réunis en assemblée, y compris les critiques des politiques qu’il peut mener. Nous voulons nous réapproprier les institutions municipales tout en gardant notre liberté de parole, nos façons de faire, notre autonomie politique et nos principes d’auto-organisation pour décider du futur de la ville.

Nous avons beaucoup parlé de ce qui se passe à Grenoble mais il y a des mouvements similaires à Marseille, Lyon et dans d’autres villes françaises. Tu peux nous parler des liens avec les communautés dans les différentes villes?

Nous avons tissé un réseau entre les différents mouvements d’habitants qui agissent pour les communs, le droit à la ville et le municipalisme. Par exemple à Marseille, il existe un mouvement très important d’organisation des habitants. Suite à l’effondrement de plusieurs immeubles dans le quartier de Noailles, les habitants se sont rassemblés et ont organisé des manifestations pour défendre le droit à la ville. Lors des dernières élections municipales, ce mouvement a fini par produire des changements politiques. Les habitants ont commencé à se réapproprier les institutions municipales. A Lyon, à Poitiers, à Strasbourg et dans de nombreuses petites villes, il y a eu également des changements du pouvoir à l’échelle municipale. A chaque fois, il y a une certaine spécificité car les mouvements d’habitants sont très liés au contexte et à la mémoire de chaque ville. C’est pourquoi nous pensons qu’il est très important de transmettre les histoires passées car elles ont un impact dans le présent. Le réseau municipaliste français est assez important, même s’il n’est pas forcément connu à l’étranger où l’on a tendance à s’intéresser uniquement à la politique nationale autour de la domination politique d’Emmanuel Macron. Il est intéressant de constater qu’il y a également des mouvements similaires dans d’autres pays européens en Espagne, en Italie, dans les Balkans et dans plusieurs continents. Et nous espérons que les changements municipaux qui ont eu lieu en Turquie, en particulier à Istanbul, sont annonciateurs de changement à l’échelle de l’Etat ! On vous soutient fort !

En parlant de mémoire, je me rappelle que pendant l’Assemblée, l’un des points les plus importants a été de parler du passé comme un commun. Tu nous avais parlé de l’histoire de André Béranger à la Villeneuve, de son adieu et de la communauté.

Cette histoire a été racontée lors de la dernière assemblée des communs et des possibles, j’ai eu la chance de rencontrer André Béranger quand il a commencé à se mobiliser face à la destruction de la Villeneuve. Il était très attaché à ce quartier où il s’était impliqué dans le projet pédagogique des écoles de la Villeneuve dans les années 70. Face au projet de démolition, nous avons fait du porte à porte pour alerter les voisins, organiser des réunions publiques, installer des banderoles dans le quartier… Quand j’allais chez lui, il m’expliquait longuement le projet politique de la Villeneuve et des groupes d’action municipale. Malheureusement, suite à une maladie pendant la crise du COVID19, sa famille nous a envoyé un message nous disant qu’il allait très mal et en nous invitant à se rassembler en bas de chez lui. Malgré le confinement et le couvre feu, nous nous sommes retrouvés à plus de 200 personnes avec une batukada, une chorale, des bougies pour lui rendre hommage… André est alors venu nous saluer une dernière fois depuis sa fenêtre. Il est décédé le lendemain. C’était un moment très fort où nous avons formé une communauté. Tout au long de sa vie, André Béranger s’est impliqué pour vivre ensemble dans un quartier, et faire face aux aléas de la vie. La veille de sa mort, la communauté était réunie autour de lui. Pour moi, ce moment a de profondes significations sur ce que veut dire “faire communauté”, surtout après la crise du COVID19. Nous continuons d’agir aussi grâce aux personnes qui ne sont plus là. D’une certaine manière, elles sont encore présentes à travers nous et elles nous invitent à continuer d’y croire, à ne pas se décourager. Cette conversation sur le lien entre la communauté des présents et des absents a été l’un des moments les plus forts de l’assemblée des communs.

Juste pour terminer, dans le titre nous avons parlé des lignes d’erre. Qu’est ce que ça veut dire ligne d’erre pour toi?

C’est une expression de Fernand Deligny. C’était un éducateur, écrivain, réalisateur qui travaillait avec la jeunesse délinquante, notamment des centres éducatifs fermés où il imaginait des projets d’évasion, et il a terminé sa vie en travaillant avec des enfants autistes dans les montagnes des Cévennes en France. Il avait organisé plusieurs villages où les enfants vivaient en communauté. Les enfants avaient la liberté d’aller là où ils avaient envie pour réaliser leurs activités quotidiennes. A la fin de la journée, les adultes traçaient les lignes de leur trajet sur des grandes feuilles. Pour moi, les lignes d’erre sont des lignes de liberté permettant d’aller au-delà des contraintes de la société pour explorer de nouveaux horizons. L’errance c’est un façon de se perdre, de s’égarer, en dehors des sentiers battus, des chemins qui ont été tracés par les pouvoirs qui cherchent à nous contraindre, y compris par les pouvoirs technologiques. Il s’agit de trouver des chemins de traverse pour vivre autrement, avec les personnes que nous avons envie de vivre. L’assemblée des communs et des possibles s’inscrit dans cette recherche. Nous avons organisé la dernière assemblée dans la montagne pour explorer de nouveaux lieux, là où nous n’avons pas forcément l’habitude d’aller. Dans ces endroits, nous pouvons créer de nouveaux espaces de liberté. Ces lignes d’errance vont pouvoir nous emmener partout dans le monde et, je l’espère, en Turquie !

Pendant l’assemblée des communs et des possibles de Grenoble le 10-13 Novembre 2022, nous avons décidé d’organiser des workshops sur les communs à Marseille, à Naples, à Istanbul enfin à Mardin. On va essayer de passer ces lignes d’errance sur la Turquie aussi avec différents acteurs, d’autres participants, élargir la carte de communauté vers les nouveaux contextes sociaux. Merci de partager avec nous ces expériences.

Note de la revue

Chers ami-e-s, les 28 années d’archives de nos revues Express, Rolls et Bir+Bir sont enfin disponibles en format numérique. L’hebdomadaire Express a commencé sa publication en janvier 1994 avec le slogan « un monde sans classe et sans exploitation » en étant toujours indépendant des pouvoirs économiques, partis politiques ou organisations non gouvernementales. Il s’est poursuivi jusqu’à la fin de 2022 avec des périodes hebdomadaires, bi-mensuelles, mensuelles et trimestrielles, en tant que publication gérée sans patron, sans hiérarchie, et protégeant pleinement son indépendance éditoriale. Les revues Roll et Meşin Yuvarlak ont rejoint la caravane en 1996 et Bir+Bir en 2010.
Plus de 500 exemplaires du magazine  sont en cours de transfert vers le site birartibir.org. L’accès à tous les numéros est ouvert. Mais si vous le souhaitez, vous pouvez contribuer en publiant sur birartibir.org que ce soit de manière ponctuelle, quand vous en avez envie ou régulièrement. Vous pouvez effectuer un virement direct sur le compte de l’association Bir+Bir Culture et Art avec la mention « don de l’association » (voir les coordonnées bancaires ci-dessous) ou vous pouvez utiliser ce lien pour les transactions par carte :

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Retour sur les XXIème rencontre de l’Observatoire International de la Démocratie Participative

Fidèle à sa longue tradition municipaliste, Grenoble était pendant trois jours l’épicentre d’un vaste réseau réunissant des élus municipaux, activistes, techniciens, experts et chercheurs visant à renforcer la démocratie locale.

Du 7 au 10 décembre 2022, plusieurs centaines de personnes ont participé à des conférences, débats et ateliers des 21ème rencontre de l’observatoire international de la démocratie participative (OIDP) venant conclure en beauté une année particulièrement riche d’évènements organisés dans le cadre de « Grenoble Capitale Verte 2022 ». Devant la profusion d’activités organisés avec l’OIDP, il n’est pas facile de donner une image d’ensemble, mais nous allons partager ici quelques aperçus de cette constellation qui œuvre pour la démocratie avec une perspective municipaliste.

Le ton a été donnée par la soirée d’ouverture organisée à la Maison de la Culture de Grenoble. Au delà des discours protocolaires, l’intervention du secrétaire générale a posé clairement les enjeux démocratiques de l’autonomie des autorités locales dans un contexte international marqué par des restrictions de libertés et la persistance des états autoritaires. Le débat animé par l’excellente chercheure Marion Carrel s’est ensuite interrogée sur l’articulation avec les mouvements sociaux et l’enjeu de la prise de décision. Le public a eu l’occasion exceptionnelle d’entendre les récits du Garçon Almedia de Porto Alegre, de la présidente de l’assemblée constituante du Chili et Magali et la députée au parlement de Bruxelles Capitale. La démocratie locale est debout pour défendre la démocratie.

La seconde journée a débuté par une conversation intitulée « des tranchées aux avenues de la démocratie participative » animé par Yves Cabannes avec Giovanni Allegretti, Garçon Almedia, Gilles Dumas (…). La réflexion portait sur le cercle vertueux de l’alliance entre mouvements sociaux et municipalités : les combats des organisations d’habitants finissent par transformer le contexte socio-politique des autorités locales qui à leur tour mènent des politiques publiques qui renforcent les alternatives. Il est toujours passionnant de découvrir ou réentendre des grandes figures de la démocratie locale présenter la multitude d’alternatives : coopérative d’habitants, organismes fonciers, monnaies locale… J’ai toutefois été surpris que ces récits ne soient pas articulés avec les principales stratégies des dix dernières années : l’intersectionalité, l’occupation des places, des centres culturels, et des pratiques de commoning du « nouveau » municipalisme. Surtout, le débat n’a pas réussi à dépasser la transmission du récit de la démocratie locale depuis Porto Alegre pour construire des stratégies pour le présent. Cette difficulté de dépasser la succession de présentation d’expérience était également présente lors du second débat sur le climat et la démocratie locale.

Avec plus de soixante ateliers, les échanges d’expériences ont rythmé la seconde journée. Dans ces ateliers, les collectivités locales viennent présenter des bonnes pratiques, des professionnels parlent de leurs méthodes, des chercheurs contribuent avec leurs analyses (…) mais le plus souvent les habitants sont absents ! Alors que les organisations d’habitants ne cessent de répéter « ce qui se fait pour nous, sans nous, se fait le plus souvent contre nous », c’est quand même un comble pour un sommet pour la démocratie participative ! Bien sur qu’il n’est pas facile de résoudre cette contradiction mais nous penssons que les organisateurs des rencontres de l’OIDP et les municipalités devraient faire plus d’effort pour soutenir la participation des organisations d’habitants pour corriger l’image trop institutionnelle des rencontres de l’OIDP.

Deux activités ont particulièrement marqué les XXIème rencontres de l’OIDP.

La rencontre intitulée « Le municipalisme féministe : quelles approches pour l’action locale ? » était organisée par Amanda Flety de la commission inclusion social et droits humains de CGLU. Les présentations des maires de Villa Alemana (Chili), Iztapalapa (Mexique) et d’une représetante du bureau des femmes de Jezireh (Syrie) ont témoigné de la profonde transformation de la démocratie locale et de l’amélioration des conditions de vie de leurs habitants à partir d’une perspective féministe. Cette rencontre a été égament été marquée par la présence de la co-présidente du département des autorités locales et de l’écologie de la région de Jezireh (Syrie) dans le cadre du réseau de solidarité internatinoal « JASMINES » (Jalon et actions de solidarité. Municipalisme et internationalisme avec le Nord-Est de la Syrie) impulsé par la Fondation Danielle Mitterand.

La rencontre «  Démocraties sous surveillance : Résistance face aux rétrécissements démocratiques » animé par le chercheur français Julien Talpin s’interrogeait sur le rôle des villes et des collectifs citoyens dans la défense de la démocratie locale. Les interventions de Med Wajdi Aydi, maire de Sfax (Tunisie), Jules Dumas Nguebou (Cameroun), Savaş Zafer Şahin de l’assemblée citoyenne d’Ankara (Turquie) et d’Alexandrina Najmowicz de l’European Civic Forum et Adrien Roux pour l’observatoire des libertés associatives explorait dans quelle mesure les villes peuvent contrebalancer les politiques répressives au niveau national en Europe et dans des régimes autoritaires.

Cette rencontre était particulièrement pertinente au regard du contexte actuel de menace sur la démocratie. Alors que la prochaine conférence aura lieu en 2023 à Rio de Janeiro (Brésil), l’ensemble du réseau de défenseurs de la démocratie locale devraient se tourner sur les enjeux cruciaux des prochaines années en particulier à l’est de l’Europe et dans le Moyen-Orient pour soutenir les défenseurs des droits humains et soutenir les pouvoirs municipaux dans les pays de la région.

Action de la délégation du Nord-Est syrien (source : https://mobile.twitter.com/EricPiolle)
https://www.grenoble.fr/uploads/Externe/7d/1575_754_CP-Accueil-delegation-syrienne.pdf
https://www.grenoble.fr/uploads/Externe/7d/1575_754_CP-Accueil-delegation-syrienne.pdf

A propos de Videogazette

Interview with Corrado Salzanoby Damien Airault


05.07.2022 / https://archives.ecoledumagasin.com/en/archive/session-21/with-corrado-salzano.html

Damien Airault: How did you hear about the École du Magasin? What brought you there?

Corrado Salzano: from Italy and I worked between Turin and Milan, in a few institutions and galleries. Then I moved to Amsterdam and probably got to know a few people at De Appel, so I probably started looking for curatorial schools. There was De Appel, which I couldn’t afford, and the Magasin was free, so the problem was only how to stay in Grenoble, not how to pay for the program.

DA: You were quite old when you entered the Magasin.

CS: Yes, I was 29.

DA: What made you decide to go there? What were your expectations?

CS: Previously, I had worked mainly as a curator assistant or a gallery assistant. I saw that Le Magasin offered the possibility to do a project on your own. You had a framework in which you could build your own project and learn by doing.

DA: Did you graduate in art history?

CS: I graduated not in traditional art history, but in this Italian faculty founded by Umberto Eco. 1 It was a sort of semiology course. The core was semiotics and it was applied to theatre, music, cinema and art. So it was interdisciplinary and you would “pick” your spot. I picked contemporary art. It was not classic art history.

DA: Do you remember your interview in Grenoble?

CS: There was the director of Le Magasin [Yves Aupetitallot], Lore [Gablier], and Tolga [Taluy]. They asked me to prepare an exhibition proposal along with a CV. My proposal was inspired by an exhibition I saw at De Appel, I’m Not Here. An Exhibition Without Francis Alÿs, which took place in April-June 2010.

DA: What was the schedule with your tutor, Fareed Armaly?

CS: He came early on to kick off the year, and then, he came back maybe once a month. In the beginning, there was a kind of “incubation period” so he came for a whole week, and then we were in touch by email. Afterward, he came back once a month. I think he came for the opening of the project as well.

DA: Were there other permanent collaborators or tutors?

CS: No, there was Lore and Fareed.

DA: It was changing almost every year… Was it possible to invite some people of your choice to come to Grenoble?

CS: We had a budget but we used it mainly for traveling, for example, to Switzerland. For sure, we were in touch with students from the art academy in Lyon.

DA: I know you went to Kassel as well.

CS: Yes, as well as to Manifesta in Genk, but it was at the end of the year.

DA: I supposed that to build your project, The Whole World Is Watching, you also met people. But did you also meet people who would give you skills or courses on history, economy, contemporary art, etc.?

CS: No, there was nothing like that.

DA: Wasn’t there anyone to give you things to read or texts to write, exercises or mini-seminars?

CS: Fareed had a little bit of this role. He gave us some inputs, made presentations and, right from the start, we would share and read a text, talk about it, and write something to send back to Fareed. The whole thing was about discussion, and his role was to give us some input.

DA: And this thing about Walter Benjamin comes from you or from Fareed? Because it was also a big reference ten years before.

CS: No. Walter Benjamin was just the first quote we took about technology. I don’t think it came from Fareed.

DA: Did you have contacts with people in the art centre? Did you have to work with the staff, or maybe they had to present their jobs? Did you have friendly relations with them?

CS: Yes, we were in touch with the team.

DA: I am trying to understand what was the “sociality” (in French we say “socialité”) of the students: How did they survive in Grenoble, make friends? Who did they spend their evenings with Have you made any friends, for example with art school students? How did you build a network in Grenoble, if you did at all?

CS: I can only speak about my personal experience. in the evenings, I worked at La Bobine. It’s a club, an associative cultural centre. I was a barman. I got to know a bit about that community and that’s how I was able to support myself financially. As soon as I arrived in Grenoble, I started couchsurfing. I immediately met Arbresha, a Kosovar-French girl, and we became good friends actually. Then I got a house in the centre of the city with flatmates. We were also spending time together with the other colleagues, and met former students of Le Magasin as well. I remember Tolga was around, for instance.

DA: It’s quite interesting because you’re the first student I’ve interviewed who’s had a real job outside Le Magasin while studying. And I know that the city became very expensive at that moment. Ten years earlier, it wasn’t so expensive. Perhaps most of the students had their flats paid for by their parents or had a small grant, or, at some point, weren’t living in Grenoble, which happened a lot.
One of the École’s ambitions was to set up a professional network. Have you managed to do that a bit? How were you introduced to this? Did someone say to you “You must meet this important person”? How do you feel about this? Because it’s a very strange thing for me.

CS: For sure, we met people from the local scene. There was this art space at La Bastille as well as a small art centre run by artists, so we met local art venues. We went to Lyon where we met one of the curators of Documenta, Chuz Martinez. We went to Paris and visited the FIAC and La Maison Rouge, which was the art space founded by Albertine’s father.

DA: Let’s speak a bit about your project. Do you remember how the idea of working on Vidéogazette came up?

CS: There were two points of interest. The first was La Villeneuve. It was 2012 and a few years earlier there had been this story about a guy from La Villeneuve who I think had tried to rob a casino and got away, and the police shot him. And in Villeneuve, there was a big riot, people started burning cars. This happened even before the riots in the Paris suburbs. At La Villeneuve, there were many people with a migration background and the Minister of the Interior, Sarkozy, came to Grenoble and gave this speech saying in essence: “I don’t care if you are third or fourth generation immigrants if you don’t deserve French citizenship, we’ll take it away from you.” The press then reacted by describing the Villeneuve as a sort of “crazy ghetto”. Somehow, I was interested in the way the Villeneuve project started as a kind of pragmatic municipal socialism: a place for communal living. It was described this way. What was interesting was to do some justice to this place, to its origin, to the original idea, against this type of media representation. So there was a great fascination with the story of La Villeneuve. It’s also because there are so many places in Europe that were born out of this idea of communal living, with this modernist rationalist architecture, which became problematic over time. That was the first point of interest.
The second point concerned Vidéogazette itself. It was a rather striking history, one of the first experiments in local television, in the early 1970s, when there was only state television. It was also one of the first experiments with portable cameras and so on. It was very interesting in itself because it was a group of technicians or activists who basically organised workshops, for instance with kids at school, and their idea was: “We’ll teach you how to use the camera, you’ll make your own programs, then we’ll broadcast it in a shared space during the evening and we’ll discuss important issues for the neighbourhood.” At some point, there was a local cable so it became possible to also broadcast in the department. This was quite striking historically. And in 2012, there were all these movements like Occupy Wall Street, the Indignados in Spain, there was even this big question mark of the Arab Spring. So it was a question of how the new generations were using new technologies, cameras, smartphones, and social media, to organise politically. The local experiment of Vidéogazette resounded with these contemporary events. We wanted to draw this line, this parallel. And of course, we were an international group living in Grenoble and we were interested in how this local history could connect with other international events.
Anyway, these were the two main points of interest: the history of La Villeneuve and the history of Vidéogazette itself.

DA: Did you meet everybody? Did you manage to see the videotapes and to show them? If I’m right, you presented an exhibition in the auditorium. Was there a publication or a book about Vidéogazette? You were kind of the first to study this channel!

CS: An exhibition was organised previously at Le Magasin but it had a different focus. 2 It was about Grenoble and the artists who lived there in the past. For example, this exhibition showed Godard in Grenoble during the 1970s. It was also showing a video from Vidéogazette, because one of the school kids who took part in the Vidéogazette’s workshops was Dominique Gonzalez-Foerster. She grew up in La Villeneuve and she was in one of these videos. The exhibition showed it, saying that this has happened, so Vidéogazette was one among many elements. We saw that and decided to focus our project on this history.

DA: Was this exhibition part of the programme of the art centre?

CS: Yes, it may well have been curated by the director, Yves Aupetitallot. Anyway, we basically had the videotapes and we found the local archives in Grenoble: a lot of flyers, leaflets. Vidéogazette lasted a few years, but then the funding was cut so the people who were working there left Grenoble. We managed to get in touch with one of them who was living in Nantes. He was the graphic designer of Vidéogazette. His name was Patrick Di Meglio. This was probably Lore’s masterpiece: she managed to get in touch with him. So we got this amazing archive of posters.

DA: Yes, I’ve seen three interviews with people from Vidéogazette: Denis Requillart, Jean Leclerc and Patrick Di Meglio. It was a small exhibition. I saw that the budget was around 5000 euros.

CS: We did an exhibition and a website.

DA: Did your opening take place during the opening of the Magasin’s main exhibition?

CS: Yes, I think it was an exhibition by Isabelle Cornaro.

DA: What do you think of your exhibition ten years on?

CS: I reread today the things we wrote on the website and I think it was a good project, even if not everything was developed or perfect.

DA: This exhibition also reflects the style of the École, with lots of documents and information. At De Appel, we would say that this is an exhibition of the “pedagogical turn” and it is very symptomatic of this period.

CS: For me, it’s important to provide proper information in the exhibition, so as not to assume that the public knows the context. It’s always important to put something down on paper and give background information, otherwise the exhibition is only aimed at a specialist audience and not a general one. Of course, if there’s too much text, it kills you. I don’t think we needed too much writing with that exhibition. There was a leaflet and we put the written part on the website, so if you wanted to find out more, that was possible, but we didn’t put it all in the exhibition.

DA: I didn’t see that.

CS: Basically, we had a table with a screen on which the website was displayed, and the texts were simply presented online.

DA: How did you build the show? Did you determine tasks, competencies, did you try to separate out all the things that you had to do? How did you organise?

CS: Sarah [Sandler] was an architect by profession, so at a certain point, she took over the scenography and the build-up. Shoghig [Halajian] was very good with planning and communication, while I was a little bit more into the writing part.

DA: How was your relationship with Lore [Gablier]? Was she after you, did she give you deadlines or leave you free? You were also quite old students, all “grown-up adults”, and perhaps you didn’t need anyone to set up your agenda…

CS: She knew all the people in the organisation. She also knew the context because she comes from the region, and of course, she was the one who spoke French, even though I started speaking French at a certain point. For example, she was super important to get in touch with the people from the Vidéogazette and to support us.

DA: This interview is almost finished. Do you have anything to add? How did the École help you in your career?

CS: For me, it was quite an amazing experience, like a project in itself. For the rest, I do not work in the art world right now. I work as a coordinator of events for a fashion brand in Berlin. I organise workshops, seminars, and training. Right after L’École du Magasin, I worked in art for a few years. I did research for the University of Warwick. I was living in Amsterdam, then I went to the UK, then I went to Belgrade where I curated a show, and then Berlin. At a certain point, I stepped out of art. I will never speak badly about the art world but there is a big problem: too many people want to work in art while there are too few jobs, so there’s a lot of exploitation, underpaid, not-paid jobs. For me, the Magasin was an important experience in life.

DA: I see what you mean.

  1. ndt. Corrado Salzano refers to Dams (Department of Art, Music and Entertainment) which was founded at the University of Bologna in 1971. Umberto Eco was one of the first to join the department and was appointed to the chair of Semiotics.
  2. Corrado Salzano refers to the exhibition, Cinéma(s), which was organised in 2006.

***

VIDEOGAZETTE (1973-1976)

Vidéogazette (1973-1976) was a group of activists, technicians and citizens who organised a public access television program in Villeneuve, a neighbourhood located south of Grenoble’s city centre. Through weekly workshops, Vidéogazette members taught the Villeneuve inhabitants how to use audio-visual technology and produce their own television. Informed by a critical vision of industrial cinema and mainstream news media, the group sought to decentralise the flow of information and activate the role of the spectator to one of producer. One of the slogans reproduced on the Vidéogazette flyers was “wherever there is a consumer, there is a producer and a possible creator!”
     By taking charge of the means of information production, the inhabitants were made aware of their social context and able to play an active role in the local democracy. “Community action through video and communal experience” and a “real labour of representation with the people who are going to watch their broadcast in the evening” were common descriptions of the project.
     Vidéogazette was the first local television in France and part of a greater social initiative at the time. Under the mayoralty of Hubert Dubedout (1965-83), Grenoble was transformed into a laboratory of pragmatic municipal socialism, with the Villeneuve housing complex taking centre stage. Conceived as a model of co-habitation and communal life, Villeneuve (literally “the new city”) sheltered many militants born out of May ’68, as well as people of different backgrounds including Arab, Spanish and Portuguese immigrants and Latin American refugees. Villeneuve’s community lifestyle meant that inhabitants were willing to leave their front doors open, take care of their neighbours’ children, eat together, and meet every evening in a shared space to discuss social issues.
     Through state and city funding, Vidéogazette offered different services at Villeneuve’s Audiovisual Centre, including the production of videos, films and posters; rentals of audiovisual equipment for the locals; and studio courses for primary school students and adults to familiarise them with the equipment. Initially located in a school, Vidéogazette’s focus was on children’s education and the promotion of cultural activities. Active participation within the local social context was one of the collective’s top priorities.
     Learn-by-doing educational workshops allowed both children and adults to produce their own news and entertainment programs, and later broadcast these shows to the community. Screenings were often organised in common spaces such as public yards and the local theatre Espace 600. After the installation of the cabled network in 1973, Vidéogazette started to broadcast the television programs in the neighbourhood apartments.
     The TV programs created and reinforced a sense of shared identity, promoted transparency within news media and accountability for one’s political and social surrounding conditions. Conceived as a platform for political debate, Agora was the main broadcast program in which inhabitants gathered in a theatre-setting and discussed their opinions on social matters such as unemployment, increases in housing rent, and local factory strikes.
     Here different immigrant communities were also encouraged to share their local tradition by organising music performances, films, and debates on relevant issues. Some examples include “El Jerida”, a news program in Arabic, and various forums with Chilean refugees discussing the 1973 military coup. In many instances, these events were the first time the local public was exposed to thematics such as the Palestinian conflict and the dictatorships in the Latin American countries.
     In 1974, the collective founded the Vidéogazette association, inviting all the residents to take part in the decision-making process. Many were invited to contribute content and participate in the production of the programs. Vidéogazette members affixed graphic posters around the neighbourhood and distributed weekly programs in mailboxes in order to advertise their television and keep Villeneuve inhabitants updated. Over the years, the role of the activists increased and the subjects of the programs became more explicitly political. The idea of video as a militant tool is clearly present in a series of posters that depict a group of cameramen lined up like soldiers embracing their cameras as weapons.
     Among the topics presented during these years, it is worth mentioning contraceptive methods and abortion. Vidéogazette activists organised different debates around these issues, involving doctors from the local family planning association and feminist groups. These activities had a strong political connotation at the time, as abortion was soon legalised in France in 1976.
     Vidéogazette initially garnered a lot of enthusiasm from the locals, but after a few years only a small number of inhabitants remained actively involved. The commitment implied in collective life was too demanding and tiring for many individuals. Many also claimed that the television programs were hard to follow, and rather preferred the films broadcast on the national television channels. Only a few cultural and political groups proposed the subjects to be broadcast, leading to programs that were soon described as long talks resembling “a radio program with images.” “It’s not of interest” and “it’s just intellectuals’ chattering” were also common responses by the locals. Filmmaker Jean Luc Godard offered another point of criticism, targeting the amateur approach of Vidéogazette:
“It’s not production and it’s a false idea of collective activity. They don’t have the means, and if they did, they wouldn’t know what to do with them… Not everyone can become a butcher; not everyone can use a camera […]  you need a minimum of training; you have to learn. The slogan ‘freedom of expression’ is, to my mind, a fascist slogan. If necessary, I would prefer to say ‘expression of freedom.’ But freedom is not easily expressed.”
     Vidéogazette ended in 1976 when the central government did not renew its financial support. In response, the collective organised a conference in Paris and distributed an ironic obituary communicating “the death of the Vidéogazette at the age of 4, due to a well-known disease called the State”.
     After the end of Vidéogazette, the core members of the association worked for the municipality taking charge of education and cultural activities, realising exhibitions and debates around diverse topics such as housing, environment and employment issues. In 1981, the right-wing won the local election and funding for the activities of the former Vidéogazette group was cut. As a result, many of the members moved out of Grenoble.
     The Vidéogazette experience belongs to the context of post-68 experimentations with video and television that reacted to the State’s control over information. This was part of a broader initiative to decentralise cultural production and redistribute governmental power to regional administrations.
     Until 1974 television and radio broadcasting was under the monopoly of the ORTF (Office of Radiodiffusion-Télévision Française), a state-run association that constituted five radio and two television channels in France. In 1968, strikes at the ORTF offices surfaced outrage against the government’s control and censorship of political information. According to Yves Guéna, the Minister of Information at the time, “General de Gaulle could not tolerate a situation in which television was not at the service of his policies”.
     The ORTF broke up in 1974 when Giscard d’Estaing took the presidential seat. d’Estaing implemented a radical reorganisation of broadcasting networks in France, dividing the ORTF’s unitary structure into seven separate companies with their own agendas and programmation. This mandate provided a significant break from the previous presidential administrations and a symbolic gesture to show d’Estaing’s liberal stance on media. Despite pressures to introduce commercial alternatives to the media sector, d’Estaing maintained the State monolopy over television. Only a minority of the French public received programs outside of the three French state-run channels—Villeneuve residents were part of this select group. Commercial channels were later introduced to France in 1981 when d’Estaing’s presidential term ended. —
     Recently in 2010, the neighbourhood of Villeneuve drew in public attention when city riots broke out in response to the death of Karim Boudouda, a suspected armed robber caught in a police chase, and outrage against the representation of the city in news reports on the case. These events led President Sarkozy to pronounce the ‘Grenoble Speech’ in Villeneuve, in which he focused on issues around immigration and prejudice in the city.
     The Villeneuve apartments will soon set the stage for a 2012 fictional television series, called Ville9. The producers plan to incorporate excerpts from the Vidéogazette programs in the shows.
     The Villeneuve neighbourhood is also scheduled for major 2013-14 renovations. The plan includes the demolition of an entire tower of apartment units, formerly home to the Vidéogazette studios.
     Olivier Clerc. “Ghetto ou paradise? Les balbutiements de la Vidéogazette.” Le Dauphine Libere, 1 September 1975.
     Both positive and critical feedback from residents was often included on the Vidéogazette posters in a section entitled “Feedback.” They also broadcast television interviews in which residents offered their opinion on the shows. Jean-Luc Godard moved to Grenoble in the mid 1970’s, planning to remodel a video studio and experiment with alternative methods of production and distribution (primarily by passing out videotapes to networks of friends and associates). Here he worked with Jean-Pierre Beauviala, the inventor of the first lightweight 16mm camera and the hand-held video camera, “La Paluche”, and started to incorporate television into his practice. Grenoble set the stage for various works, including the film Numero Deux (1975) and the television series Six fois Deux (1976) and France-tour-détour-deux-enfants (1977-78).
     Yves Guéna, Le Temps des certitudes, Paris, Flammarion, 1982, p. 280. Speaking to local leaders of Grenoble, President Sarkozy claimed that crime was driven by permissiveness and uncontrolled immigration, and that French nationality should be stripped from any person of foreign origin who voluntarily tries to take the life of a policeman, gendarme, or other figure of public authority.

3ème caravane pour le droit à l’alimentation

Nous avons le plaisir d’annoncer que la 3ème caravane pour le droit à l’alimentation démarre la semaine prochaine du 13 juin au 2 Juillet 2022 ! Pendant les quinze prochains jours, vous êtes invités à participer à des rencontres, ateliers, des repas pour réfléchir et agir ensemble pour le Droit à l’Alimentation ! 

Programme provisoire :

✅ Lundi 13 Juin à 10h : Présentation de la 3ème caravane pour le droit à l’alimentation à l’occasion des Lundis du Lisra en présence de Dominique Paturel (chercheuse à l’Inrae de Montpellier) par visioconférence (sur inscription par mail à villeneuve.numerique@zaclys.net)

✅ Mardi 14 Juin à 16h : Présentation de la 3ème caravane pour le droit à l’alimentation à l’Université Internationale Terre Citoyenne (UITC) par visio (et en présence au Conseil Citoyen Essarts Surieux à la Villeneuve d’Echirolles) (sur inscription par mail à villeneuve.numerique@zaclys.net)

✅ Mardi 22 Juin de 14h30 : Permanence des comités d’habitants pour discuter ensemble du bilan des caddies solidaires (au Bocal 1 97 Galerie de l’Arlequin 38000 Grenoble)

✅ Dimanche 26 Juin de 9h à 22h : Atelier cuisine et dégustations pour la fête de quartier organisée à l’occasion des 50 ans de la Villeneuve (dans le parc Jean Verhlac, 38000 Grenoble)

✅ Samedi 2 Juillet à 16h à 21h : Pour fêter ensemble le final de cette 3ème Caravane pour le Droit à l’Alimentation, participer à une dégustation organisée à l’occasion Villeneuve Plage (dans le parc Jean Verhlac, 38000 Grenoble)

Partenaires de la caravane pour le droit à l’alimentation: des comités d’habitants de la Villeneuve de Grenoble et d’Echirolles, Assemblée des Communs, Conseil Citoyen Essarts Surieux, Next Planning, Villeneuve Debout, Le Barathym, Cuisines Sans Frontières, les achats groupés des Essarts, le Lisra, l’UITC (…)

Si vous souhaitez participer, ces initiatives sont ouverte à tou-tes !  Pour toutes questions, infos, propositions : villeneuve.numerique(a)zaclys.net

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Lancement de Villeneuve Plage 2022

Villeneuve Plage est un évènement qui se déroule chaque été au sein du Parc Jean Verlhac de la   Villeneuve de Grenoble qui consiste à se réapproprier l’espace public à travers des activités  culturelles, éducatives, festives et conviviales.

 Cet évènement initié par l’Atelier Populaire d’urbanisme (APU) est porté par le collectif inter associatif Villeneuve Debout. Il est rendu possible grâce à une démarche participative favorisant l’implication des partenaires, habitants et associations pour organiser des activités en soirée et week-ends qui s’adressent à tous les publics mixtes et intergénérationnelles.

Cette année, Villeneuve Plage sera l’occasion de fêter les 50 ans de la Villeneuve et participe à la démarche Grenoble Capitale Verte en respectant la charte éco évènement.

Cette initiative est ouvert à tou-t-es, Si vous souhaitez participer, vous pouvez nous contacter à planning(a)zaclys.net et contact@villeneuvedebout.org

Lancement du Collège des maîtrises d’usage à Marseille

Présentation

Suite à la profonde crise urbaine révélée par l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne & les arrêtés de périls sur plusieurs centaines d’immeuble provoquant le délogement de milliers d’habitant-es, une nouvelle étape est en cours avec la planification d’opérations d’urbanisme visant à réhabiliter en profondeur des immeubles de plusieurs ilôts urbains à Marseille.

Ces opérations sont planifiées par une démarche intitulée «  projet partenarial d’aménagement » (PPA) qui est un contrat associant la ville de Marseille, la Métropole, l’Etat et des sociétés d’aménagement. Grâce aux mobilisations, les mouvements d’habitants et les associations ont réussi à s’imposer au sein du comité de pilotage de la démarche sous la forme d’un collège des maîtrises d’usage.

Le lancement du collège des maitrises d’usage a eu lieu sous la forme d’un atelier populaire d’urbanisme (APU) qui s’est déroulé le 6 Juin 2022 dans la grande salle du CCO Velten à Belzunce rassemblant des habitant-es, étudiants et associations de différents quartiers concernés par les futurs aménagements. La composition du groupe était diversifié avec des habitants du parc social ou du parc privé dégradé (notamment de la cité Pottier à la Belle de Mai, Felix Piat et des habitants concernés par les delogements), des habitants propriétaires d’un logement au centre ville et des étudiants, enseignants chercheurs et quelques professionnels de l’urbanisme.

Les objectifs de la réunion étaient :

  • Réunir le collège des maitrises d’usage et informer sur le le PPA pour soutenir l’organisation collective des habitants
  • Réaliser un diagnostic partagé sur les ilots expérimentateurs au niveau du logement, de la végétalisation, des équipements, de l’espace public et des mobilités
  • Envisager collectivement les prochaines étapes

Déroulement de la rencontre

La rencontre a débuté par un mot d’introduction d’Hélène suivie d’une présentation d’un schéma du Plan Partenarial d’Aménagement (PPA) et du collège des maitrises d’usage par Stéphane et Carole.

Un premier tour de discussion s’est ouvert pour des demandes de clarification sur le rôle d’un atelier populaire d’urbanisme (démarche de co-construction, démarche au long cours…), des questionnements sur la démarche (d’où vient la commande ?) et diverses interventions portant pêle mêle sur l’Assistance à Maitrise d’Ouvrage à Noailles, la fabrique des taudis, le projet Euromed, les projets de démolitions à Eugène Pottier, la mixité sociale, le phénomène de spéculation foncière et immobilière, les délogements de population, les «squats » de migrants (…).

Pour cette première partie, les représentant de la ville, de l’Etat ou des bailleurs sociaux n’avaient pas été conviés. Il a d’ailleurs été rappelé que le collège des maitrises d’usage est avant tout une instance citoyenne qui vise à créer collectivement les conditions pour une participation des habitants aux projets d’aménagements et de réhabilitations des immeubles. Si cet espace peut permettre de créer les conditions d’un dialogue avec les institutions, c’est avant tout un lieu de construction d’une parole autonome des habitants et associations.

Pour la seconde partie de la rencontre, trois groupes se sont formés autour des maquettes d’un ilot à Noailles et deux ilots à la Belle de Mai. Chaque groupe avait pour objectif de réaliser un diagnostic partagé sur le logement insalubre, la végétalisation, les équipements, les espaces publics et la mobilité. Les participants pouvait utiliser des petits drapeaux de couleur pour localiser des immeubles insalubres, la présence ou l’absence d’espaces verts, d’équipements etc…Les habitants se sont appuyés sur leurs usages des lieux : connaissances de la localisation des logements insalures, rues végétalisées par les habitants, les espaces vacants où il serait possible d’installer des équipements, etc…

Une restitution a eu lieu permettant de faire ressortir des points précis sur chacun des ilôts. Ces restitutions ont été ponctuées par des interventions des membres d’Un Centre Ville pour Tous et de l’APU de Grenoble pour apporter des connaissances sur opérations d’urbanisme. A noter également la présence de deux professionnels de la ville de Marseille.

Plusieurs points importants sont ressorties de la restitution :

  • le besoin urgent d’équipements, d’espaces végétaliéss, d’espaces publics et de solutions de mobilité dans les quartiers concernés.
  • Défendre une réhabilitation des ilôts avec les habitant-es concernées par les opérations de démolitions et de délogement pour éviter qu’ils soient chassés de leurs quartiers.
  • Ouvrir le champ des possibles pour imaginer la ville voulue par les habitants notamment dans les espaces vacants et les immeubles vides.
  • Trouver un équilibre du fonctionnement du collège du matirise d’usage entre le soutien aux urgences (relogement, logement insalubre..), les mobilisations (contre les démolitions à Eugène Pottier, démolition de la Tour B de Felix Piat, Noailles…) et la construction d’une vision partagée de la ville qui s’inscrit dans le temps long.
  • Rappeler la différence entre le périmètre fixé par le PPA et celui du collège de maitrise d’usage qui est plus large (cf échanges autour de Felix Piat, lien entre le PPA et l’ANRU etc…).
  • S’appuyer sur les études existantes, les travaux d’étudiants, les diagnostics pour partager des connaissances existantes et co-construire à partir des usages des habitants.

En conclusion, il a été décidé d’organiser à l’automne 2022 des ateliers populaires d’urbanisme (APU) dans chaque ilôt concernés par les opérations d’urbanisme pour permettre à un maximum d’habitants de pouvoir donner son avis et formuler des propositions sur la réhabilitation des immeubles et des quartiers.