Permanence des habitant·es : chaque mercredi, 18h30

La permanence des habitant·es, chaque mercredi de 18h30 à 20h, au 123 galerie de l’Arlequin, 38100 Grenoble.

Logement, patrimoine, jardins, projets du quartier : venez avec vos questions et vos idées. Pas besoin de prévenir, pas besoin d’être expert. Entrée libre. En ce moment : relançons le journal du quartier ! Répondez au sondage en 5 minutes. Participer à l’amélioration de l’espace associatif du 123 Galerie de l’Arlequin et un habitat participatif populaire.

Voir l’agenda · Recevoir les infos par mail · Contact : planning@zaclys.net

Lancement d’un nouveau média à la Villeneuve

La permanence des habitant·es propose de lancer un nouveau média à la Villeneuve, avec un premier numéro avant la fin de l’année. Mais ce journal, c’est à vous de le dessiner.

« Soyons les médias »

À l’automne 2013, un reportage télévisé présentait la Villeneuve comme un ghetto replié sur lui-même. Indigné·es, des centaines d’habitant·es se sont réunis en assemblée populaire. Pétitions, film monté en un temps record, plainte en diffamation : le quartier a repris la parole sur lui-même. De cet élan est né un journal.

Aujourd’hui, nous voulons poursuivre ce travail. Un journal fait par les habitant·es, pour les habitant·es, qui raconte le quartier tel qu’on le vit.

Votre avis en 5 minutes

Avant de nous lancer, nous avons besoin de savoir ce que vous attendez : à quelle fréquence ? À quel prix ? Où le trouver ? De quoi doit-il parler ? Quel titre ? Avez-vous envie d’y participer ?

Répondez au sondage en ligne : forms.gle/UTLqDqjqr9tU4L4e9

Le sondage existe aussi en version papier, à remplir et à déposer à la permanence. Il est ouvert jusqu’au 16 novembre.

Et maintenant ?

Venez en parler mercredi 4 novembre, de 18h30 à 20h, au 123 galerie de l’Arlequin. Tout le monde est bienvenu, que vous écriviez, photographiiez, dessiniez… ou que vous ayez simplement une histoire à raconter.

Après le sondage, un comité de rédaction se réunira pour choisir les sujets du premier numéro.

Pour recevoir les informations : inscrivez-vous à la liste de diffusion.

L’utopie de la Villeneuve se réinvente chaque mercredi

Chaque mercredi soir, au 123 galerie de l’Arlequin, la permanence des habitant·es réunit celles et ceux qui veulent agir sur l’avenir de la Villeneuve. Le 21 octobre, habitant·es, étudiant·es, associations, l’élue du secteur et le directeur de territoire y ont croisé sept projets : un habitat participatif dans les coursives, un « campus Villeneuve », une classe de la paix, un chantier d’apprentissage à Cluny, des jardins, le Patio et la relance d’un journal de quartier. Tous s’inscrivent dans une longue histoire.

Une tradition de participation

À la Villeneuve, la participation des habitant·es n’est pas une nouveauté : elle est née avec le quartier. Dès les années 1970, les Commissions Villeneuve associent les usagers à la conception des logements et des équipements. Après la révolte de l’été 2010, une expérimentation de community organizing, inspirée du sociologue Saul Alinsky, donne naissance à l’Alliance citoyenne. En 2012, l’association Planning est créée pour lutter contre les démolitions et animer l’Atelier populaire d’urbanisme (APU), qui publie en 2016 un projet urbain alternatif, Plaidoyer pour Villeneuve, et participe à la coconstruction du nouveau projet urbain.

La permanence des habitant·es poursuit ce travail « dans les pas de Michel Anselme » et de Jean Maglione. Chaque mercredi soir, on y parle de la vie du quartier, du patrimoine de la Villeneuve, de l’avenir des logements et des initiatives locales. Tout le monde y est bienvenu.1

Au 120 Arlequin, habiter autrement les coursives

Le 21 octobre, Laurent Richard, directeur de territoire, et Cécile Cenatiempo, élue du secteur 6, avaient répondu à l’invitation lancée par la permanence dans une lettre du 12 octobre. La proposition : expérimenter un pacte de coopération, sur le modèle des pactes de collaboration de Bologne, c’est-à-dire « un accord écrit, public et limité dans le temps, où chacun s’engage selon ses moyens ». La Ville et le bailleur ACTIS apporteraient les locaux, les matériaux, l’assurance et l’encadrement technique ; les habitant·es et les associations, le travail, l’entretien, l’animation et l’ouverture au public.

Le pacte commencerait au 123 Arlequin. Malgré des dégâts des eaux qui perturbent les activités depuis plusieurs mois, les habitant·es continuent d’aménager l’espace associatif pour le rendre accueillant, convivial et sécurisant. Ils proposent d’y organiser un chantier ouvert au public, reprenant l’idée lancée le 10 octobre par l’élu Vincent Berlandis d’étendre les chantiers ouverts aux bâtiments, et d’en faire une pépinière associative ouverte au conseil citoyen indépendant, aux étudiant·es, aux chercheur·es et à une classe de la paix.

Il se poursuivrait au 120 Arlequin, voisin. L’immeuble compte 68 logements sociaux d’ACTIS, des locaux associatifs et une crèche municipale. La Ville est favorable à sa réhabilitation, mais aucun calendrier ni financement n’existe dans le cadre de l’ANRU 2, et la perspective d’un ANRU 3 reste incertaine. En attendant, ACTIS ne reloue plus les logements libérés, et l’immeuble a connu occupations sans titre, incendie, trafics et dégradations. L’association Fusée y a mené un projet artistique de réinvestissement des espaces communs, « Les Vincent du 120 ». La piste discutée : qu’ACTIS mette une coursive à disposition dans le cadre de l’urbanisme transitoire, comme aux Volets Verts ou à la Correspondance, pour que des habitant·es rénovent eux-mêmes des logements vacants.

Les coursives de l’Arlequin, de véritables « rues » intérieures.

L’idée d’habiter autrement les coursives a une longue histoire. Dans les années 1970, une « coopérative des œufs » était née sur les paliers. Plus récemment, l’APU a organisé des apéros dans les coursives pour « réactiver un lieu, montrer son potentiel et raviver une mémoire », et a contribué à l’organisation des comités d’habitant·es. Ces espaces restent pourtant au cœur d’un débat : les gestionnaires veulent souvent réduire leur taille et supprimer les cheminements, quand des habitant·es rappellent leur rôle dans la rencontre entre voisin·es. Un équilibre reste à trouver.

Le collectif « Coup d’Étage » avait déjà imaginé un habitat groupé dans une coursive, avec une laverie, une cuisine collective, un atelier et un centre média partagés. L’idée a été reprise par les Habiles ; un projet au 40 galerie de l’Arlequin a échoué sur le financement des espaces partagés. Plus récemment, un diagnostic mené avec Habitat Participatif France au 10 Arlequin a étudié le retour possible des habitant·es délogé·es par la démolition, et des ateliers organisés notamment avec Urbamonde ont contribué à une initiative nationale sur l’habitat participatif dans les quartiers populaires. Le pacte du 120 prolonge ces expériences, et pourrait intéresser d’autres collectifs, y compris pour mieux maîtriser des charges beaucoup trop élevées à la Villeneuve.2

Et maintenant ? La permanence va rencontrer le service innovation sociale d’ACTIS pour avancer sur la mise à disposition d’une coursive. En parallèle, un temps de travail permettra de monter en compétence sur l’habitat participatif populaire, en s’inspirant d’expériences françaises et européennes comme l’autorecupero italien ou les coopératives d’habitants. Le projet sera aussi relié aux échanges engagés avec la Task Force Logement de la Commission européenne, et les programmes URBACT seront étudiés pour trouver des financements. Toutes celles et ceux qui le souhaitent peuvent rejoindre le groupe WhatsApp « Habitat Participatif Villeneuve », ainsi que le groupe dédié à l’espace commun du 123 ; un réseau national prépare par ailleurs une rencontre à Bourges.

Vers un « campus Villeneuve »

Deuxième chantier : rapprocher durablement les universités, les associations et les habitant·es pour créer un « campus Villeneuve » fondé sur les apprentissages sociaux. Les universités font partie du projet du quartier depuis l’origine, mais les deux mondes se sont longtemps ignorés. L’école d’architecture, construite par Roland Simounet au croisement des galeries de l’Arlequin et des Baladins, était à l’origine traversée par une rue piétonne, « pour que les habitants participent à la vie de l’école et les architectes à la vie des quartiers ». Elle s’est depuis repliée sur elle-même. Non loin, la Cité des territoires (2002) accueille l’Institut de géographie alpine et l’Institut d’urbanisme créé par Jean Verlhac, dont l’IUGA est l’héritier.

La Cité des territoires, à quelques centaines de mètres de l’Arlequin.

Depuis 2013, l’APU expérimente la recherche participative avec des chercheur·es dans l’espace public. Un séminaire habitant·es-chercheur·es a été organisé en juin 2015 (voir la publication Les Tours d’en face), suivi d’un projet de fin d’études : « co-construire les localités de la Villeneuve à partir de ses ressources ». En dix ans, les projets d’étudiant·es et de recherche menés avec les habitant·es se sont multipliés, au point qu’il faudrait aujourd’hui les archiver.

Aujourd’hui, la dynamique se poursuit avec un projet d’université populaire, dont les deux premières séances s’intitulent « Qu’est-ce qui nous soulève ? Images et imaginaires des révoltes sociales » et « Justice sociale et droit à la ville : retour sur le 17 octobre à Grenoble ». Les étudiant·es de l’école d’architecture mènent à la Villeneuve le projet res publica. La réflexion porte aussi sur les cheminements, en écho aux travaux de Jean-Louis Cohen sur l’AUA et à la thèse de Jean-François Augoyard sur les cheminements quotidiens des habitant·es de la Villeneuve dans les années 1970. Michel Anselme insistait déjà sur « l’importance des relations tissées quotidiennement entre les chercheurs et les habitants pour produire une nouvelle perception du territoire ».3

Et maintenant ? La permanence soutient la mobilisation des étudiant·es avenue Marie Reynoard (groupe WhatsApp Mobilisation Sud) et appelait à manifester le 22 octobre devant l’IUGA. Les étudiant·es de res publica vont diffuser un sondage, que chacun·e est invité·e à remplir. Une restitution de leurs travaux est envisagée autour d’un repas partagé au Barathym, peut-être fin avril, avec un « jury des habitant·es ». Pour les accueillir dans de bonnes conditions, ainsi que les stagiaires, une demande de local au 123 Arlequin sera adressée au service de la vie associative. Reste enfin un chantier de fond : archiver les nombreux travaux réalisés depuis dix ans.

Une classe de la paix au 123 Arlequin

Autre projet né au 123 : avec l’École de la Paix, l’espace associatif du 123 Arlequin accueille une classe de la paix pour favoriser le vivre-ensemble. L’initiative s’inscrit dans un projet plus large de territoire de paix, en lien avec l’Université internationale Terre Citoyenne. Elle veut expérimenter des mécanismes de résolution des conflits à partir de méthodes éprouvées : process work, théorie U, communication non violente.

Transformer les tensions d’une cité en parole publique plutôt que de les taire.

Le titre du livre de Michel Anselme, Du bruit à la parole, résume l’enjeu. La permanence n’a jamais cherché à éviter les conflits : le Plaidoyer pour Villeneuve consacre tout un chapitre à un « Éloge du conflit », qui montre comment le conflit peut devenir un moteur de transformation d’un quartier. La classe de la paix veut donner à ces pratiques des méthodes et un cadre durable.4

Et maintenant ? La classe de la paix s’installe au 123 Arlequin, en partenariat avec l’École de la Paix. Habitant·es et associations intéressé·es par ces méthodes de résolution des conflits sont les bienvenu·es pour y participer.

Apprendre ensemble, jusqu’à Cluny

Si les habitant·es de la Villeneuve savent agir sur le cours des choses, c’est grâce à des « apprentissages sociaux » : des capacités acquises lors des mobilisations passées, puis diffusées dans la population. Ce phénomène remonte aux expérimentations sociales des années 1970, en particulier au projet éducatif de la Villeneuve, et s’est enrichi à chaque nouvelle expérience. Ces dernières années, des voyages apprenants l’ont élargi à d’autres territoires.

La Maison des utopies en expérimentation, dans le Clunisois.

Les chantiers à la Maison des utopies en expérimentation (MUE) prolongent cette transmission, en reliant la Villeneuve à d’autres lieux qui inventent leurs règles en commun.5

Et maintenant ? Le prochain chantier aura lieu du 11 au 13 décembre à la MUE, organisé par les cercles « Transmettre les usages » et « Économie ». Pour prolonger les apprentissages engagés et contribuer à ce commun, il faut s’inscrire le plus rapidement possible : nuage.en-commun.net/s/S4EA8g8g4Zz2HY2, en ajoutant son nom dans l’onglet INFOS.

L’écologie populaire prend racine

À la Villeneuve, l’écologie populaire a déjà une histoire. Le pôle développement durable de la Régie de quartier, créé sous l’impulsion de l’écologiste René de Céglié, a lancé un « mois du développement durable ». Des habitant·es ont cultivé spontanément des espaces abandonnés, comme le « jardin des Poucets » sur la place des Géants ou un jardin sur le toit du parking-silo. Au moment de la destruction des anciens parkings silos, la municipalité a accepté la création d’un jardin collectif, financé par l’ANRU.

Les jardinières sur les toits des anciens parkings silos

Le Plaidoyer proposait de faire de la Villeneuve un « territoire pilote en agriculture urbaine », avec jardins partagés, parcelles pédagogiques, ferme urbaine et partenariats avec la recherche. Next Planning a écrit le projet de ferme urbaine financé par l’ANRU, devenu la ferme des Mille Pousses.6

Aujourd’hui, une nouvelle page s’ouvre : Anne a réservé un jardin de 20 m² avec la Régie de quartier et Lovelyne, du collectif VIVE, pour y planter des légumes africains et souhaite mener plusieurs projets.

Et maintenant ? Le jardin sera mis en lien avec les étudiant·es de l’école d’architecture qui travaillent sur l’alimentation. Ce sera aussi l’occasion de transmettre l’histoire des jardins de la Villeneuve et de poursuivre la réflexion sur l’écologie populaire. Les comités d’habitant·es seront mobilisés pour planter les jardinières.

Le Patio, une ruche municipale à réhabiliter

« Comment décrire cette étrange et énorme météorite qu’est l’institution centrale d’animation et dont on se demande de quel firmament elle a bien pu tomber ? » (Jean-François Augoyard, 1979)

Au cœur de la mégastructure de l’Arlequin, le Patio est une ruche qui s’étage sur plusieurs niveaux, reliés par des escaliers et par les totems de l’Arlequin du plasticien Rougemont. C’est à la fois un passage entre le parc et la galerie et un forum qui distribue un café, une bibliothèque, un lieu d’exposition, un centre social, une salle de spectacle, un centre audiovisuel et des services administratifs : le lieu des interactions quotidiennes entre les habitant·es et les institutions. Le café associatif le Barathym a longtemps servi de « bureau temporaire » à l’APU, et l’Espace 600 a souvent accueilli les grandes réunions publiques sur la rénovation urbaine. La maison du projet, elle, se résume à une maquette et quelques panneaux, sans véritable ambition de construire un espace de participation.

Un atelier de l’APU dans le Patio (crédit : Planning).

Le 21 octobre, la collégiale du Barathym a rencontré le service municipal chargé de la réhabilitation. Le projet prévoit d’intervenir sur l’enveloppe du bâtiment (fenêtres, étanchéité, amélioration énergétique), de mutualiser les espaces associatifs et d’ouvrir l’Espace 600 sur le parc. Ces travaux sont indispensables, mais il serait dommage de réhabiliter le Patio sans améliorer vraiment les usages des habitant·es et des associations.7

Le plan du rez-de-chaussée du Patio dans le projet de réhabilitation.

Et maintenant ? La permanence propose d’organiser un cycle d’ateliers participatifs pour faire connaître le projet de réhabilitation au plus grand nombre. L’objectif : formuler ensemble un projet qui prenne en compte les demandes du Barathym, de l’Espace 600 et des habitant·es.

« Soyons les médias »

À l’automne 2013, un reportage d’Envoyé spécial, « La Villeneuve : le rêve brisé », présente le quartier comme « un ghetto, replié sur lui-même, synonyme d’échec et gangrené par la violence ». Indigné·es, des centaines d’habitant·es se réunissent en assemblée populaire et s’organisent en trois groupes : « Action », « Droit de réponse » et « Soyons les médias ».

Des pétitions recueillent plusieurs milliers de signatures, une centaine de personnes décryptent le reportage avec le sociologue Jérôme Berthaut, un premier film est monté en un temps record, et une collecte de 4 000 euros finance une plainte en diffamation contre France Télévisions. En janvier 2014, le CSA estime que la chaîne a manqué à ses obligations. Des chercheurs parlent alors de « diffamation territoriale ».

Habitant·es et caméras à la Villeneuve.

C’est dans cet élan que naît un journal participatif pendant que le documentaire La Villeneuve, l’utopie malgré tout (2015) est tourné en immersion dans le quartier. Cette riposte illustre le « pouvoir d’agir » des habitant·es : leur capacité à reprendre la parole sur leur propre quartier plutôt que de subir l’image qu’on en donne.

Faute de moyens le journal participatif a cessé de paraître début 2025. La permanence propose de lancer un nouveau média, avec un premier numéro avant la fin de l’année, financé par le Fonds de participation des habitants.

Et maintenant ?

Pour avancer, chacun·e est invité·e à remplir le questionnaire, en cinq minutes : fréquence de parution, prix, lieux de diffusion, thématiques, titre, envie de participer… Les questionnaires sont disponibles et peuvent être déposés à la permanence, le mercredi soir au 123 Arlequin ; n’hésitez pas à les faire circuler. Un comité de rédaction se réunira ensuite pour choisir le contenu du premier numéro, avant de le réaliser et de le diffuser dans le quartier. Un groupe WhatsApp est dédié au projet. « Soyons les médias » !

Rejoignez-nous !

Prochaine permanence : mercredi 4 novembre, de 18h30 à 20h, au 123 galerie de l’Arlequin, 38100 Grenoble.

Contact : planning(a)zaclys.net · assoplanning.org. Pour recevoir les informations, inscrivez-vous à la liste de diffusion : listes.gresille.org/sympa/subscribe/apu.

Trauma Support Group

💛 Après le 17 octobre, prenons soin de nous et les un·es des autres. Une mobilisation intense peut laisser des traces, parfois dans les jours ou les semaines qui suivent : fatigue, insomnies, cauchemars, images qui reviennent, sursauts, envie de tout éviter ou sentiment de vide. Ces réactions sont normales, et personne ne devrait les traverser seul·e. Voici la brochure « Trauma et blessures »qui s’adresse :
🔹 aux personnes qui ont besoin de soutien,
🔹 à celles qui soutiennent un·e proche,
🔹 à nos collectifs, avec des pratiques concrètes pour prendre en compte les traumas.

⚠️ Elle parle de trauma, de sidération et de violences policières. Lisez-la quand vous vous sentez prêt·es. N’hésitez pas à la partager largement

🎨 Image : d’après l’illustration de couverture de Chloe Palmer pour la brochure « Police Brutality & Activist Trauma Support and Recovery », Roots of Change Collective (Aotearoa / Nouvelle-Zélande), 2019.

Logement : les mouvements d’habitants haussent le ton à Bruxelles

Le 14 octobre 2026, une délégation des mouvements d’habitants a porté à Bruxelles une plateforme politique européenne pour le droit au logement, signée par 326 organisations. Au cours de la journée, elle a rencontré des eurodéputés progressistes, tenu une conférence de presse au Parlement européen et dialogué avec la Task Force logement de la Commission. La journée s’est achevée dans la rue. Partout, le message était le même : l’Affordable Housing Act n’est pas à la hauteur de la crise du logement.

Dialogue avec les eurodéputés : quel rapport de force face au lobby immobilier ?

La journée a commencé par une rencontre de la délégation des mouvements d’habitants avec  plusieurs eurodéputés qui l’accompagnent depuis des mois, notamment Ilaria Salis et Gaetano Pedullà (la Gauche) et Benedetta Scuderi (Verts/ALE). Les élus ont décrit le rapport de force actuel : « Le lobby immobilier est beaucoup plus fort que les forces progressistes. » Alors que les négociations sur l’Affordable Housing Act s’ouvrent au Parlement et au Conseil, « nous avons besoin de faire entendre la voix des habitants.

Le contexte budgétaire est difficile car le projet de budget européen de la présidence irlandaise impose une « coupe verticale » des ressources, et les crédits pour le logement risquent encore de baisser. Selon les élus, le commissaire Dan Jørgensen a lui-même considéré qu’une mobilisation collective était nécessaire pour défendre le logement. Dans sa version actuelle, le texte de la Commission n’a pas de véritable portée : sans ressources, sans effet sur la financiarisation, et déjà contesté par le Parti populaire européen. « La seule stratégie sur la table, c’est la construction d’une plateforme politique pour faire entendre la voix des mouvements d’habitants. 

Les mouvements d’habitants ont insisté sur la nécessité d’avoir une définition commune du logement social à l’échelle européenne. Ils ont plaidé pour la réhabilitation du parc public existant et la sortie du marché de plusieurs centaines de milliers de logement pour répondre aux besoins. La plateforme a discuté d’une possible mobilisation européenne au moment de l’examen du texte en commission parlementaire, et une participation à la deuxième Assemblée européenne pour la justice du logement, les 9 et 10 décembre au Parlement européen.

Pour une véritable politique du logement en Europe

Au Parlement européen, sept représentants des mouvements d’habitants ont présenté la plateforme pour le droit au logement en Europe lors d’une conférence de presse. 

Silvia Paoluzzi de l’Unione Inquilini a ouvert la conférence. Le texte actuel, l’Affordable Housing Act, présenté le 9 septembre 2026, reste dans la logique du marché intérieur. Il soumet chaque mesure de protection à un « test de proportionnalité » et n’impose aucun investissement aux États. 

Les mouvements d’habitants réunis au sein de la plateforme ont posé six priorités « non négociables » :

  1. La sécurité du logement : un instrument européen contraignant contre les expulsions et saisies de résidences principales sans relogement, et une trêve hivernale et caniculaire dans toute l’UE.
  2. Une définition contraignante du logement social, qui s’impose à la plateforme d’investissement de la BEI, avec des loyers plafonnés à 30 % des revenus selon la règle de l’ONU, et zéro artificialisation des sols.
  3. Un Fonds européen autonome pour créer au moins 650 000 logements publics et sociaux par an en réhabilitant le parc vacant, soit 153 milliards d’euros par an. Les États qui ne tiennent pas leurs objectifs feraient l’objet de procédures d’infraction.
  4. La régulation des locations de courte durée, des loyers et des plateformes numériques, avec l’interdiction des algorithmes qui gonflent les loyers.
  5. La protection sociale avant la militarisation.
  6. Une participation structurelle des réseaux citoyens, syndicats de locataires et organisations d’habitants aux décisions européennes.

Cesare Ottolini de l’Alliance internationale des habitants a dénoncé les algorithmes des plateformes qui organisent de véritables ententes sur les loyers. Il a aussi rappelé que le droit international interdit les expulsions sans relogement. Angelo Avelli (Social Forum dell’Abitare) a conclu : « La répression n’est pas une politique du logement. »

Avec beaucoup d’émotion, Pedro Martín Heras (PAH) est revenu sur les manifestations massives qui ont rempli les rues de Madrid, Barcelone, Valence, Séville et Bilbao. Il a rendu hommage à Mari Carmen, morte quelques semaines après son expulsion, dont la disparition a déclenché une vague de mobilisation dans tout le pays. Il a aussi dénoncé des responsables publics qui vendent à des fonds d’investissement « des immeubles entiers avec les familles dedans ».« Si le marché a pu acheter nos logements, il est peut-être temps de les récupérer pour le bien commun. »

David Bodinier de l’Atelier populaire d’urbanisme de la Villeneuve a rappelé les mobilisations massives de la jeunesse en France. Il a mis en lumière les mécanismes qui aboutissent à la démolition des logements sociaux dans les quartiers populaires, à l’expulsion des habitants, à l’abandon des immeubles comme dans le quartier de Noailles à Marseille et les phénomènes de gentrification qui entrainent des évictions. « Nos mouvements d’habitants naissent du refus de subir et nous construisons des alternatives comme les coopératives de logements et les community land trusts. Il est indispensable d’impliquer les habitants, les municipalités et les régions dans la co-construction des politiques du logement. Il a présenté un projet discuté avec la ville de Grenoble pour signer un pacte de coopération pour autorénover des logements vacants et les espaces communautaires au 120 Galerie de l’Arlequin.

José García (Syndicat des Locataires) a rappelé qu’il existe 11 millions de logements vacants en Europe et également des millions de sans-abri. Il a appelé à la mobilisation générale en rappelant qu’il y a 11 expulsions par jour en Région bruxelloise, « dans la capitale de l’Europe ». Enfin, Olga Nassis de l’Alliance internationale des habitants a rappelé que son pays la Grèce n’a quasiment pas de logement public. En l’état, le plan du commissaire Jørgensen ne fixe aucune limite à la spéculation, à la financiarisation ou à la touristification prédatrice.

Les eurodéputés ont salué cette initiative qui vient d’en bas. Ils pointent deux lacunes dans les propositions de la Commission : aucune limite à la financiarisation, et aucune relance du logement public et social. « Sans logement, les habitants ne peuvent rien faire d’autre. Ni travailler, ni se soigner, ni exercer aucun autre droit fondamental. »

Rencontre avec la Task Force logement de la Commission européenne

L’après-midi, les mouvements d’habitants ont rencontré la Task Force logement de la Commission européenne. Ils ont salué un changement de ton, mais il doit se concrétiser en acte. Il est nécessaire d’avoir une définition claire du logement social et un rééquilibrage budgétaire au profit du logement. La plateforme demande une participation structurelle des mouvements sociaux, car « le logement est une question de démocratie ».

La Task Force a partagé le diagnostic de la crise du logement mais elle ne peut agir que dans les limites des traités. Isabelle Alberton l’a dit sans détour : l’Affordable Housing Act « n’est pas la réponse européenne à la crise du logement », c’est un premier pas.  La Commission met en avant d’autres leviers :

  • une recommandation du Conseil sur l’exclusion liée au logement, attendue le 19 octobre ;
  • la plateforme d’investissement avec la BEI et les fonds régionaux, dont les moyens « ne sont pas à la hauteur des besoins » ;
  • le passage au crible de toute la législation européenne sous l’angle du logement ;
  • la mobilisation du bâti existant.

Sur la régulation des marchés et la sécurité d’occupation, la Commission en reste aux recommandations, au nom d’une approche « progressive ». Edit Lakatos a proposé aux mouvements d’habitants de rejoindre l’Alliance européenne du logement, qui compte environ 1 000 membres, avec l’organisation d’ateliers dès novembre. La Task Force, une équipe d’environ 25 personnes, a aussi demandé aux mouvements de l’aider avec des analyses et des propositions concrètes. Elle s’est proposée comme « bâtisseuse de ponts » vers les autorités nationales et locales, en vue de la programmation des fonds européens à partir de 2028.

Les délégués sont repartis avec une porte entrouverte, mais sans illusion. « Nous n’avons pas entendu de proposition concrète, à part adhérer à une plateforme. La commission a l’obligation de parler à toutes les parties prenantes, mais face aux lobbys immobiliers, les mouvements d’habitants n’ont pas les mêmes moyens d’influence ce qui finit par provoquer un déficit de démocratie.

De Madrid à Bruxelles

La journée s’est achevée dans la rue. Habitants, locataires et militants se sont rassemblés place de la Monnaie, au cœur de Bruxelles. Les banderoles déployées devant l’opéra ont dénoncé les expulsions qui tuent et rappelé l’urgence d’agir pour un logement accesible pour tous et toutes. Au sol, des bougies et des portraits rendaient hommage aux victimes de la crise du logement. Les prises de parole au mégaphone ont fait le lien entre les luttes espagnoles, belges, grecques, françaises et européennes.

La journée a confirmé un double constat. Les institutions européennes reconnaissent désormais la crise du logement, mais leurs réponses restent très en deçà de l’urgence. Et seule une mobilisation organisée, appuyée par des élus, peut déplacer le rapport de force face aux lobbies immobiliers. 

Les mouvements d’habitants repartent avec des alliés au Parlement, une porte entrouverte à la Commission et un calendrier :

  • Mi-novembre : possible mobilisation européenne à Bruxelles, au moment de l’examen de l’AHA en commission parlementaire.
  • Novembre 2026 : Housing Summit de Dublin, où l’alliance réclamera son inclusion formelle dans les instances de décision.
  • 9 et 10 décembre : deuxième Assemblée européenne pour la justice du logement, au Parlement européen.
  • D’ici décembre : peser sur le budget européen et le prochain cadre financier pluriannuel.
  • 2027 : poursuite de la campagne européenne pour le droit au logement.