Accueil de la Fédération Sénégalaise d’Habitants et Urbasen à la Villeneuve

Nous avons accueilli la fédération sénégalaise des habitants et Urbasen à la Villeneuve de Grenoble. UrbaSEN et la Fédération Sénégalaise des Habitant·es sont lauréats d’or des World Habitat Awards.

Depuis plusieurs années, l’association urbaSEN poursuit l’idée qu’au coeur de l’urbanisme réside l’humain. Cette association sénégalaise réunit des professionnels autour de problématiques urbaines propres aux quartiers précaires. Elle est née de la réalisation d’un programme de planification urbaine participative lancé en 2009 dans la banlieue de Dakar, appelé urbaDTK en référence à la commune de Djiddah Thiaroye Kao touchée par les inondations récurentes depuis 2005.

UrbaSEN est le fruit de cette expertise locale combinée à une réflexion des habitants de la banlieue concernant la redéfinition de ce que pourrait et devrait être la ville. Jusqu’alors, la construction de la ville avait toujours été l’affaire de l’Etat et de la Municipalité ou du secteur privé. Or, un maillon essentiel dans cette chaîne de production manquait : la population.

Afin de faire entendre la voix des habitants vulnérables des quartiers informels de la banlieue, l’association urbaSEN a contribué à fonder la Fédération Sénégalaise des Habitants (FSH). Ces deux entités, représentées respectivement par un bureau technique (urbaSEN) et une organisation communautaire (FSH), accompagnent les habitants dans la définition et la mise en œuvre de projets de développement urbain, les plaçant ainsi au centre des décisions d’aménagement.

En ce sens, ces deux structures oeuvrent ensemble pour lutter contre les inégalités sociales et la fragmentation urbaine afin de favoriser l’émergence d’une ville inclusive. Elles travaillent sans relâche, main dans la main, à l’amélioration du cadre de vie des populations vulnérables des villes du Sénégal en leurs permettant notamment d’accéder à un logement digne et durable.

Presse : https://www.ledauphine.com/environnement/2023/03/02/une-delegation-senegalaise-a-la-villeneuve-pour-debattre-de-l-habitat

Manifeste pour le Droit des Femmes à la Ville

Next Planning a contribué à la mobilisation internationale pour le Droit à la ville des Femmes, en participant à la campagne lancée par la plateforme globale pour le Droit à la Ville autour du 8 mars 2023.

Comment peut-on réaliser le Droit des Femmes à la Ville?

1. Une VILLE qui adopte toutes les mesures nécessaires -normatives, urbaines, économiques et sociales- contre la discrimination sous toutes ses formes, à l’égard des femmes et des filles, garantissant leur plein épanouissement personnel, leur égalité dans le l’exercice et la réalisation de leurs droits à la citoyenneté, en particulier ceux des femmes vivant dans la pauvreté ou en situation de vulnérabilité, des personnes d’ascendance africaine, des indigènes, des femmes déplacées, migrantes, métisses, LGBTIQA et souffrant de handicaps, entre autres.

2. Une VILLE qui garantisse la parité dans la participation politique complète et effective des femmes et l’égalité des opportunités en matière de leadership à tous les niveaux de la prise de décision dans la vie politique, sociale, culturelle, économique et publique, en affermissant leurs voix et en générant des espaces et des ressources pour les programmes consacrés aux femmes.

3. Une VILLE exempte de violence -physique, psychologique, verbale, matérielle ou symbolique- contre les femmes dans la sphère publique ainsi que privée, qui garantisse la sécurité d’utilisation et de jouissance des espaces publics et des biens communs et assure la liberté de circulation. Une VILLE où la peur ne soit pas une limite à leurs libertés. Une VILLE qui garantisse le droit des femmes de prendre les décisions relatives à leur propre corps.

4. Une VILLE qui assure la protection des femmes, y compris des réfugié-e-s, en période de guerre et de conflit. A une époque à laquelle les conflits armés et les déplacements forcés constituent des phénomènes de plus en plus urbains, il faut se pencher tout particulièrement sur les menaces qui pèsent sur les femmes, ainsi que sur leurs vulnérabilités et sur leurs besoins spécifiques. La responsabilité d’attaquer à la racine les causes de ces conflits qui affectent si gravement les communautés vulnérables, y compris les femmes, incombe à la communauté internationale.

5. Une VILLE qui garantisse la réalisation du logement adéquat, de la sécurité de tenure des femmes, des droits de succession, de l’accès à l’eau potable, de l’assainissement et de l’hygiène, en particulier pour les femmes seules assumant la responsabilité de leur foyer et de leur famille.

6. Une VILLE qui reconnaisse, valorise et redistribue le travail de prise en charge des personnes dépendantes et de soin communautaire, principalement assumé par les femmes. La prise en charge devrait être une responsabilité publique et sociale, au-delà de l’individuel, qui devrait être assumée par toute les personnes et devrait être incluse et budgétisée dans les politiques publiques.

7. Une VILLE qui garantisse aux femmes un accès équitable et abordable aux biens, services publics et aux opportunités offertes par les villes, qui incorporent les besoins des femmes, en accordant une attention particulière aux soins dirigés à l’enfance, aux personnes âgées et aux

personnes souffrant de handicap à charge, tels que: les services de prise en charge de l’enfance, la nourriture et la nutrition, les services de santé, les transports publics de qualité répondant aux besoins de mobilité des femmes, l’éclairage public décent, les installations sanitaires fonctionnelles, les lieux et infrastructures de travail décent-e-s pour les travailleuses informelles qui sont majoritaires, ainsi que des opportunités culturelles pour les femmes, en particulier les jeunes.

8. Une VILLE qui promeuve l’autonomie économique des femmes, garantissant l’égalité de l’emploi, la dignité et l’égalité de rémunération pour tous et toutes en conditions égales, la reconnaissance du travail informel des femmes, source déterminante de revenu dans les villes. Une VILLE qui modifie les relations de pouvoir entre hommes et femmes, familles, marché et État, transformant la ville en fonction des besoins individuels et collectifs des femmes.

9. Une VILLE où les femmes aient une voix active et décisive dans le processus de planification, conception, production, utilisation et occupation de l’espace urbain. Où le processus de planification urbaine place au centre des programmes les besoins, les usages et les désirs de la diversité des personnes, sans omettre les femmes et les autres identités.

10. Une VILLE qui prenne en compte la diversité des femmes, en fonction des différences d’âge, de capacités physiques, d’origine, de nationalité, d’appartenance ethnique, de religion, de race, de situation économique, d’orientation sexuelle, religieuse ou politique. Une VILLE qui garantisse, respecte les liens et les identités communautaires, favorisant les relations sociales et l’échange culturel, sans discrimination envers les femmes en raison de leurs coutumes, traditions ou pratiques sociales.

11. Une VILLE qui promeuve l’égalité de genre pour accéder au crédit et aux marchés et défende l’environnement et la vie. Une VILLE qui élimine les inégalités sociales, économiques et de genre entre le rural et l’urbain, qui valorise les formes de production agricole paysanne et l’agriculture urbaine, noyaux de la vie urbaine. Une ville qui reconnaisse le lien décisif entre le rural et l’urbain.

Plus d’infos : https://www.right2city.org/fr/

2ème tour des elections municipales : FAIRE LA VILLE AVEC LES HABITAN-T-E-S

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PLAIDOYER POUR LE DROIT A LA VILLE

SECOND TOUR DES ELECTIONS MUNICIPALES LE 28 JUIN 2020

Le COVID-19 a provoqué une crise sans précédent S’il est encore trop tôt pour mesurer toutes ses conséquences, cette crise a révélé l’ampleur des inégalités sociales : la mortalité a été plus forte dans les quartiers populaires sous-dotés en services publics, au sein desquels les conditions de logement étaient plus difficiles et dont le contrôle policier était renforcé.

Dans certaines villes, comme en Seine-Saint-Denis, la mortalité a augmenté de 128% par rapport à la même période de l’année précédente selon l’INSEE. Aujourd’hui, l’urgence pour les habitant.e.s est à la survie. Il s’agit pour eux.elles de payer leur loyer et les dépenses liées à l’alimentation pour nourrir leur famille. Les dépenses de logement peuvent représenter en moyenne 40 à 50% des revenus du ménage. Le chômage partiel ou la perte d’un emploi multiplient les situations d’endettements et d’impayés.

Si les réseaux de solidarité et les organisations d’habitants ont permis de répondre à certaines situations d’urgence, ils doivent être accompagnés et contribuer à la construction des politiques publiques qui doivent être à la hauteur des enjeux.

Lors du premier tour des élections municipales en mars 2020, des organisations d’habitants de Grenoble, Lyon et Marseille ont initié la campagne « L’Agenda pour le Droit à la Ville » qui a permis de rassembler 350 propositions. Sans nous limiter aux échéances éléctorales, nous proposons d’organiser une campagne de plaidoyer pour le second tour des élections municipales qui aura lieu le 28 Juin. Les élections sont une occasion de mettre en débat nos revendications pour la construction d’un agenda pour le droit à la ville.

Pour répondre à cette crise, deux ensembles de propositions nous semblent prioritaires :

  1. Un plan d’urgence pour le logement et la ville

Face à la crise, beaucoup d’habitant-e-s des quartiers populaires vivent des difficultés économiques qui impactent leur capacité à payer le loyer et les charges. Si rien n’est fait, la crise provoquera des expulsions et une augmentation massive de la pauvreté.

Nous sollicitons les décideurs locaux et nationaux pour la mise en place de politiques publiques adaptées et robustes, pour répondre aux enjeux révélés par la crise sanitaire, sociale et économique. C’est pourquoi nous demandons :

  • la suspension du loyer et des charges pour les familles en difficulté ,
  • l’interdiction des expulsions sans solution de relogement
  • un fonds de compensation pour les bailleurs et les services publics locaux impactés.

Ces mesures d’urgence sont à intégrer dans un plan exceptionnel pour le logement et la ville co-construit avec les habitant-e-s, dans le respect des règles environnementales, visant à

  • Inscrire l’objectif de 30% de logements sociaux pour 2030 dans le Plan local de l’habitat et à l’échelle des quartiers pour lutter contre la ségrégation urbaine,
  • augmenter substantiellement le nombre de place en hébergement pour répondre à l’objectif zéro personne à la rue.
  1. La démocratisation de la fabrique de la ville 

Depuis des années, les organisations d’habitant-e-s exigent d’être associées à la fabrique de la ville. Malgré la réforme de la politique de la ville en 2014 qui a introduit le principe de co-construction, les changements concrets se font toujours attendre.

Pour remettre les habitants au centre de ces projets, nous demandons de:

  • Ouvrir à tous les citoyens et leurs représentants les instances techniques et politiques des projets urbains pour assurer la transparence de l’action publique et la véritable co-construction des projets.
  • Instaurer des instruments de démocratie directe, tel le référendum d’initiative citoyenne, pour favoriser l’expression réelle des premiers concernés.
  • Mettre en place des moyens financiers spécifiques, tels le fonds d’initiative citoyenne ou le 1% citoyenneté, pour doter les habitants des moyens nécessaires à une expertise indépendante et à la reconnaissance de leurs savoirs d’usage
  • Démocratiser le fonctionnement des bailleurs sociaux à travers la gestion urbaine de proximité et la co-construction des opérations de réhabilitation.
  • Réformer l’agence nationale de rénovation urbaine à partir d’un projet de loi pour renforcer la mise en œuvre de l’agenda pour le droit à la ville (voir annexe).

Journée d’action le 20 Juin

Nous proposons une journée d’action simultanée dans différentes villes avec un rassemblement devant les hôtels de ville. Pour montrer la diversité de nos mouvements, nous proposons de réunir une dizaine d’organisations luttant pour le droit à la ville représentées chacune par un membre.

La solidarité a l’échelle des villes qui s’est développée dans cette période de crise montre à quel point celles-ci peuvent incarner des îlots de résistance et être les lieux d’expérimentations de luttes porteuses de nouveaux projets de société.

Retrouver toutes nos propositions sur le site internet www.agendadroitalaville.fr et n’hésitez pas à diffuser nos propositions avec le hashtag #droitalaville

Premiers Signataires :

Grenoble, Atelier Populaire d’Urbanisme (APU)

Marseille, Un Centre Ville pour Tous

St-Denis, APPUII

Annexe

11 propositions pour un agenda local pour le Droit à la Ville

Voici quelques propositions issues de l’agenda pour le Droit à la Ville à compléter en fonction des territoires pour contribuer au débat public des élections du 28 Juin.

  1. Inscrire l’objectif de 30% de logements sociaux pour 2030 dans le Plan local de l’habitat
  2. Réformer l’agence nationale de rénovation urbaine à travers un projet de loi en concertation avec les collectivités locales et les organisations d’habitants.
  3. Lancer un vaste plan de réhabilitation thermique des logements avec l’objectif annuel de 5% des logements publics et privés (objectif BBC).
  4. Mettre en oeuvre des politiques foncières en commun pour lutter contre la spéculation en démocratisant les EPFL.
  5. Instaurer la gratuité des transports en commun et instaurer des objectifs chiffrés en faveur des aménagements qui favorisent les déplacements à pied et à vélo.
  6. Réhabiliter toutes les écoles communales d’ici 2030 pour améliorer les conditions d’apprentissage des enfants et lutter contre les inégalités scolaires
  7. Financer un plan d’investissement ambitieux pour entretenir et développer les équipements et services publics locaux et l’arrêt des PPP.
  8. Favoriser la prise en charge des parcours d’asile et de migrations à l’échelle municipale et métropolitaine.
  9. Retirer les dispositifs techno-sécuritaires et favoriser l’aménagement d’espaces publics inclusifs qui contribuent au bien-être des habitants.
  10. Développer des services publics locaux pour produire une énergie 100% renouvelable et locale au bénéfice des habitants d’ici 2030.
  11. Remunicipaliser les services publics locaux de l’eau et de l’assainissement pour une distribution 100% public d’ici 2030.

Construire ensemble avec Jonathan Durand Folco

En 2017, l’Atelier Populaire d’Urbanisme (APU) a invité Jonathan Durand Folco à un atelier « Construire Ensemble » à la maison des habitants des Baladins (MDH) situé sur la Place des Géants à la Villeneuve. Il s’agissait d’une séance exceptionnelle d’un cycle hebdomadaire mis en place pour élaborer une alternative au projet de démolition du 20 galerie de l’Arlequin.

Selon Jonathan Durand Folco, « la rénovation urbaine de la Villeneuve s’inscrit dans les même processus d’accumulation de la valeur par dépossession que ceux décrit par le géographie américain David Harvey. Il y a quelque chose à construire autour de la question « à qui appartient Villeneuve? » pour gagner les imaginaires. Il s’agit de voir Villeneuve comme un bien commun qui a été construit à travers l’histoire. Si on faisait une enquête sur les biens communs on se rendrait compte que c’est peut être le plus gros commun de toute la ville de Grenoble. Et ce que vous saviez qu’ici à Grenoble il y a un bien commun ? Si c’est le cas, il faut le protéger et le défendre, utiliser tous les outils possible pour montrer c’est quoi ce commun là, le faire reconnaître, avec des vidéos, différentes choses pour montrer ce qui se passe ici. Pour montrer qu’on pourrait non seulement protéger ce commun mais également définir le lieu et dire qu’on veut que e soit un bien commun. Ca ne doit pas appartenir à la ville, ca ne doit pas appartenir à l’ANRU, ca doit appartenir aux gens qui habitent ici. »

« Je veux vous raconter une histoire courte, il y a eu une lutte urbaine importante dans les années 70 à Montréal : la lutte de Milton Parc. A l’origine il y avait un projet de démolition d’un quartier entier. Ils voulaient démolir tout le quartier, expulser les gens pour construire des grandes tours d’habitation. Mais les citoyens se sont mobilisés. Il y a eu beaucoup d’action de lobbying, de manifestation, de sensibilisation, de pétition. Ils ont été voir les différents niveaux de gouvernements en faisant des actions directes ou en allant voir les différents premier ministre pour les faire jouer les uns contre les autres. Ils avaient une stratégie de lobbyng, une stratégie d’action. Après 7 ans de lutte (ça été très très long), ils ont eu gain de cause. Ils ont été capable de protéger la communauté de Milton Parc et de fonder une fiducie foncière communautaire. Maintenant Milton parc n’appartient plus à la ville mais appartient à la communauté. Ils ont créé le plus gros « commun urbain » à Montréal, avec la plus forte concentration de logement coopératif, abordable sur toute l’île de Montréal. Ca été extrêmement long, extrêmement dur. Ils ont utilisé des outils juridiques, de sensibilisation, des ateliers, du porte à porte. Ils ont été capable d’aller au delà de la communauté de Milton Parc pour sensibiliser les autres habitants de Montréal ».

Ici c’est la première lutte urbaine concrète que j’ai l’occasion de voir. A Montréal il y a des choses qui se passent. Mais ici ça à l’air d’être assez actif. Ce que je me dis c’est qu’il y a peut être le besoin d’aller chercher plus loin, d’autres habitants pour construire « Villeneuve en Commun ». Villeneuve à qui ca appartient ? On veut que ce soit défendu. Pour terminer, l’idée d’utiliser les armes juridiques est assez puissante car va attirer l’attention des médias sur l’image de la ville. Hier, j’ai rencontré des élus de Grenoble. C’est une ville assez propre, assez rayonnante, une ville en transition… La démolition est non seulement injuste mais également illégale. On doit leur dire : « Vous n’avez pas le droit de faire cela ». D’après la loi « vous n’allez pas le faire et on va se tenir debout ». La démolition est illégale et on veut instituer un bien commun pour le protéger à travers le temps. On veut le protéger pour qu’il ne soit pas à la merci d’une nouvelle administration, des compagnies qui vont vouloir développer Villeneuve. C’est à nous de décider ce qu’on veut faire de Villeneuve.

Ce sont des idées que je tire de mon livre, comment faire la transition vers une nouvelle forme de société ? C’est en construisant des communs et en les protégeant quand ils existent, pour les faire sortir de cette logique de croissance, d’accumulation, de dépossession, pour redonner des espaces aux gens qui habitent, qui vivent ici. Je crois que l’on pourrait faire reconnaître Villeneuve comme l’un des plus gros communs de toute la ville de Grenoble. C’est une hypothèse que je lance. Ça peut être un argument fort devant la mairie. »

Ressources

Jonathan Durand Folco est professeur à l’École d’innovation sociale de l’Université Saint-Paul, Ottawa. Ses intérêts de recherche actuels portent sur la démocratie participative, les communs urbains, l’économie solidaire et le municipalisme.

<figure><iframe src= »https://www.youtube.com/embed/E6TrjlZCDBg » allowfullscreen= » » width= »560″ height= »315″></iframe></figure>

Résumé : Alors que les défis sociaux, économiques, écologiques et politiques s’entrecroisent toujours plus à notre époque, notre hypothèse est que les municipalités pourraient jouer un rôle central dans la transition vers une nouvelle forme de société libre, égalitaire, résiliente et démocratique. Le modèle de développement dominant, actuellement centré sur les principes de croissance, de marchandisation et de compétitivité, pourrait ainsi faire place à un nouveau modèle de développement local auto-soutenable, appuyé sur la participation citoyenne et la valorisation non marchande du patrimoine territorial. Nous montrerons dans un premier temps une série d’exemples d’alternatives, d’initiatives locales, d’expérimentations et d’innovations sociales dans plusieurs villes et les villages à travers le monde, lesquelles permettent de développer une véritable soutenabilité politique, économique, sociale, environnementale et territoriale. Dans un deuxième temps, nous esquisserons les grandes lignes du municipalisme, une tradition politique largement oubliée qui ressurgit actuellement dans différentes villes du globe. Nous essayerons alors de montrer les perspectives stratégiques qui se dessinent pour accélérer une transition basée sur les commun(e)s. 1 bloc sélectionné.

Voir également :

Revue de presse

A Grenoble, la synergie entre les institutions et la rue « sérieusement affectée » ? https://www.placegrenet.fr/2017/12/31/a-grenoble-synergie-entre-institutions-rue-serieusement-affectee/528498

TROIS QUESTIONS À – Jeune intellectuel québécois, spécialiste de la démocratie participative et du municipalisme, Jonathan Durand Folco était l’invité de la Ville de Grenoble, fin 2017. L’auteur de l’essai A nous la Ville ! ne s’est pas borné au strict rôle de conférencier auprès des institutions. Il est allé rencontrer les habitants des quartiers, en l’occurrence ceux de la Villeneuve. Quelle impression lui a laissé son passage dans la capitale des Alpes, ville en transition démocratique et écologique ? Une impression mitigée.

Docteur en philosophie, Jonathan Durand Folco est, depuis 2016, professeur à l’École d’innovation sociale de l’Université Saint-Paul en Ottawa. En mars 2017, il a soutenu sa thèse « Transformer la ville par la démocratie participative et délibérative. L’exemple des conseils de quartier décisionnels ». Animateur du blog Ekopolitica, ce jeune intellectuel prolifique vient de publier un essai À nous la ville ! aux éditions Écosociété. Un ouvrage qui s’est vu auréoler du prix des libraires 2018, au salon du livre à Montréal.

De la nécessité de partager le pouvoir avec les citoyens

L’idée force qui sous-tend l’essai de Jonathan Durand Folco est la nécessité de partager le pouvoir décisionnel avec les citoyens si l’on veut s’orienter vers une société durable, plus authentique et plus équitable. A quel niveau ce partage est-il le plus approprié ? A l’échelle municipale, selon lui. L’auteur plaide ainsi pour une réappropriation démocratique des espaces de vie, appelés les « communs », y compris des outils économiques. Tels sont à gros traits les principaux ressorts du « municipalisme », principe développé par le menu dans l’essai de Jonathan Durand Folco.

Anne-Sophie Olmos, conseillère municipale de Grenoble, déléguée Contrôle de gestion et marchés publics et Jonathan Durand Folco, auteur de l'essai "A nous la Ville, traité de municipalisme, le 21 novembre 2017 à Grenoble. DR

Vue de l’esprit ? Utopie ? Pas vraiment, puisque ce type de gouvernance est à l’œuvre dans certains endroits du monde parfois insoupçonnés, comme au Rojava (Kurdistan syrien) ou l’État du Kerala en Inde. En France, le municipalisme s’est illustré à travers l’épisode court mais intense de la Commune de Paris (du 18 mars au 28 mai 1871), qui a très mal fini au demeurant, avec la Semaine sanglante. Plus récemment, une autre forme d’autogouvernements locaux a émergé en Europe, avec la création de « plateformes citoyennes municipalistes », qui se sont emparées par les urnes des mairies de Barcelone, Madrid, Cadix, Saint-Jacques-de-Compostelle, Saragosse, Valence…

La ville de Grenoble tentée par le municipalisme ?

Si à Grenoble, on n’en est pas là, cette vision politique semble particulièrement séduire l’équipe municipale grenobloise et son maire écologiste Eric Piolle, aux affaires depuis 2014. C’est d’ailleurs lors du sommet Fearless Cities – encore appelé « International municipalist summit » – de Barcelone, en juin 2017, que Jonathan Durand Folco a fait la connaissance d’Anne-Sophie Olmos, conseillère municipale de Grenoble, déléguée au Contrôle de gestion et aux marchés publics. « Nous sommes restés en contact », relate le docteur en philosophie. En effet, quelques mois plus tard, le Québécois a fait un passage remarqué à Grenoble. Pour sa part, qu’a-t-il observé, lu et entendu lors de son bref séjour ? Jonathan Folco Durand s’est en effet rendu à la Villeneuve sur l’invitation de Mélissa Perez « impliquée dans une foule de réseaux et de projets liés aux communs et à la démocratie municipale », décrit-il. Et là, changement de décor, des habitants lui confient avoir eu toutes les peines du monde à dialoguer, tant avec la municipalité précédente qu’avec l’actuelle. Y aurait-il loin de la coupe aux lèvres avec le « municipalisme » à Grenoble ?

Place Gre’net – Quel regard portez-vous sur la dynamique participative à Grenoble, ses points forts, ses faiblesses ?

Jonathan Durand Folco – Éric Piolle et son équipe du Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes ont instauré toute une série de mesures très intéressantes depuis leur arrivée au pouvoir. De ce que j’ai entendu, le budget participatif fonctionnait assez bien, tandis que les conseils citoyens indépendants (CCI) ne donnaient pas les résultats attendus, avec une participation plutôt faible. Cela découle à mon avis de leur rôle essentiellement consultatif, au même titre que les conseils de quartier en France, qui représentent des « institutions faibles », selon le politologue Loïc Blondiaux [lui aussi venu à Grenoble à plusieurs reprises, ndlr] […] [Quant au] projet de démolition de logements sociaux dans le quartier la Villeneuve, [il] a quelque chose de fort regrettable, car il me semble « imposé par le haut » sans la moindre considération des besoins des gens sur le terrain.

Mobilisation contre les démolitions à la Villeneuve le 8 mars 2017. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Mon jugement est peut-être un peu dur, mais après avoir discuté avec différents acteurs à Grenoble, j’ai réalisé que le problème découlait surtout du projet de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) et de paliers supérieurs à la municipalité, comme la Métropole. Les questions de financement, les compromis que la Ville a dû faire pour limiter les dégâts, et la forte opposition du collectif d’habitants manifestent en quelque sorte les défis pratiques du municipalisme, qui doit affronter une série de contraintes parfois colossales. Cela dit, l’initiative de l’Atelier populaire d’urbanisme [à la Villeneuve, ndlr], qui consiste à présenter un projet de rénovation alternatif co-construit par les habitants, me semble l’incarnation type de l’esprit du municipalisme : redonner le pouvoir aux habitants sur les décisions qui touchent leur milieu de vie.

Jonathan Durand Folco, avec des habitants du quartier Villeneuve, novembre 2017. DR

Ensuite, comment concrétiser ce projet ? La seule option réside dans les alliances entre élus locaux et mouvements sociaux, visant à créer un rapport de forces contre la centralisation des décisions dans les mains des grandes entreprises et de l’État. Or, cela n’est pas toujours facile à construire car des tensions vives peuvent émerger entre ces logiques contradictoires. À Barcelone, il semble y avoir une « tension dynamique » entre les institutions et la rue, alors qu’à Grenoble j’ai l’impression que cette synergie a été sérieusement affectée par ce projet… Maintenant, comment rétablir la confiance et renouer des alliances pour faire avancer des mesures qui vont dans le sens du municipalisme ? Sur ce point, je n’ai aucune idée.

Depuis la loi Lamy, la rénovation des quartiers doit être coconstruite avec les habitants et les associations. Dans les faits, la loi Lamy ne demande pas aux élus de co-décider avec les habitants, mais de réunir, de recueillir leurs idées et d’en tenir compte, ou pas. Est-ce la définition que vous donneriez de la co-construction ?

La co-construction est un terme complexe et parfois galvaudé, à l’instar d’autres “buzzwords” comme « développement durable », « gouvernance », « innovation sociale », et ainsi de suite. Selon le Dictionnaire de la participation (Dicopar), la co-construction désigne « l’implication d’une pluralité d’acteurs dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet ou d’une action ». Cela ne veut pas dire grand chose, car à peu près toutes les décisions et les projets seraient alors co-construits. À mon avis, il faut développer une échelle de la co-construction, à l’instar de Sherry Arnstein qui a élaboré en 1969 une échelle de la participation citoyenne. Celle-ci faisait la distinction entre la manipulation, l’information et la consultation d’un côté, et le partenariat, la délégation du pouvoir et le contrôle citoyen de l’autre. Il va sans dire que le municipalisme préconise une participation citoyenne forte, qui va du partenariat (co-conception, co-décision et co-gestion) jusqu’à la démocratie directe. Ainsi, les élus ne devraient pas toujours décider en bout de course, ceux-ci devant être responsables, redevables et révocables, puis intégrer au maximum les habitants dans les projets… Même s’ils doivent parfois prendre des décisions difficiles.

Est-il envisageable de vraiment co-construire un projet de quartier ? Peut-on satisfaire tout le monde au final ?

Il n’est pas possible de satisfaire tout le monde et d’atteindre l’unanimité dans les grandes sociétés contemporaines. Mais il est possible d’améliorer la légitimité des projets, leur équité et de réduire leurs conséquences négatives en intégrant une diversité de perspectives dans leur élaboration et leur mise en œuvre. Pour ce faire, plusieurs stratégies et dispositifs peuvent être utilisés, selon les contextes et les enjeux : des assemblées citoyennes ouvertes à tous, des ateliers populaires d’urbanisme, le tirage au sort pour créer des comités délibératifs, l’usage de technologies numériques pour favoriser la participation en ligne, etc. Le problème, c’est qu’il y a souvent un décalage entre les projets citoyens de co-construction et les institutions publiques, car nous restons prisonniers de la structure hiérarchique du gouvernement représentatif, basé sur le monopole du pouvoir décisionnel par les élus. Ce que propose de le municipalisme, c’est d’instituer différentes formes de contrôle citoyen – dans les quartiers, au conseil municipal, dans les départements de la fonction publique et les services publics locaux – pour éventuellement démocratiser la société à plus grande échelle. Cela peut sembler utopique, mais les utopies sont déjà réalisées dans plusieurs villes à travers le monde. Ce qui manque, comme souligne le philosophe John Holloway, c’est de penser la fédération des initiatives, c’est-à-dire « ces résonances et leur mise en réseau comme une grande vague de rage qui avalerait à la fois le capital et les vieilles institutions de médiation qui l’ont protégé pendant si longtemps ».

Propos recueillis par Séverine Cattiaux

Bibliographie

Jonathan Durand Folco, À nous la ville ! Traité de municipalisme, Montréal, Écosociété, 2017, 200 p. (coll. « Régulière »), ISBN 978-2-89719-320-1. https://ecosociete.org/livres/a-nous-la-ville