Article 13

RAGE DU PEUPLE
Commentaire : Mouvement social urbain créé en 2004 dans le quartier de Noailles au centre ville de Marseille
Titre :Article 13Type de document :vidéo
Auteurs : Annick Wilcke, Michel Gence
Editeur : La Rage du Peuple
Année de publication :2006
Autre Editeur : Kollectif Nawak
Film réalisé pour le Forum social mondial des migrations de Madrid en 2006.
Résumé :Il s’agit d’un témoignage vidéo sur la lutte des sans-papiers à Marseille en 2006 et la loi CESEDA (Code sur l’entrée et le séjour des étrangers et sur le droit d’asile), avec des interviews de personnes immigrées, certaines depuis longtemps. Ce film dresse le constat des abus dans l’embauche des sans-papiers (travailleurs jetables, locataires jetables), ainsi que dans leurs situations quotidiennes, et présente les actions du Réseau éducation sans frontière de Marseille (RESF 13) contre les expulsions

Le rap marseillais même pas mort

Une nouvelle génération de groupes prend le relais des « parrains » IAM et Fonky Family, portée par le tissu associatif et un fort sentiment identitaire phocéen.

Par Stéphane Davet Publié le 13 mai 2006 (source : https://www.lemonde.fr/culture/article/2006/05/13/le-rap-marseillais-meme-pas-mort_771379_3246.html)

On s’était mis à douter de la capacité de Marseille à rester, avec Paris et sa banlieue, l’autre capitale du rap français. Après les disques fondateurs d’IAM, dans les années 1990, et le succès du rap de rue de la Fonky Family à l’aube des années 2000, les tchatcheurs phocéens ont semblé en panne d’avenir.

Pourtant, ça bouillonne à nouveau sur la Canebière. Les anciens font preuve de vitalité et une pléiade de nouveaux noms comme Psy 4 de la Rime, Keny Arkana, Kalash l’Afro, Mino, Black Marché, Sale Equipe, Carpe Diem, Anonyme ou M. A. Donn replace Marseille au premier rang du hip-hop national, en s’adaptant à une nouvelle donne.

Les multinationales du disque, qui avaient investi dans les pionniers locaux, ont délaissé les Bouches-du-Rhône à un moment où les groupes peinaient à se renouveler, dans une ville dépourvue de structures pour les relancer. Les artistes ont alors dû se prendre en main. Comme souvent, IAM avait montré l’exemple et essuyé les plâtres.

Côté Obscur, premier label du groupe, avait mis la clé sous la porte après avoir participé au lancement de la Fonky Family. Akhenaton, figure charismatique d’IAM, a ensuite créé, en 1998, 361 Records, label indépendant du rap français le plus ancien et sans doute le plus important. Parmi ses récentes productions, les albums de Psy 4 de la Rime, Chiens de paille, Saïd, et le nouvel opus solo d’Akhenaton, Soldats de fortune. « Au début, se souvient le chanteur d’IAM, les gens pensaient qu’on pouvait parrainer toute la scène. Ils ont maintenant compris que nous avons vite atteint notre capacité maximale et que c’était à eux de jouer. »

Parallèlement à la généralisation des « home studios », facilitant leur autonomie, les artistes marseillais ont multiplié les créations de labels. Chaque membre des Psy 4 de la Rime, groupe du quartier du Plan d’Aou, dont le dernier album, Les Enfants de la lune, a été un succès national, a choisi de réinvestir dans sa propre structure. Alonzo a lancé TS Music (Sale Equipe, Lygne 26), Don Vincenzo, Section Hunter, le DJ Sya Styles, Beat Vandalizm, et Soprano, l’ambitieux Street Skillz, dont les grands locaux tout neufs permettent à des jeunes comme La Swija ou Mino d’enregistrer des « street CD » (compilations très en vogue dans le rap, visant à se faire connaître à un moindre coût via un marketing de rue) et de concevoir leur premier album.

Cette nouvelle floraison remet peu en question une esthétique marseillaise qui s’est façonnée à l’aune des bases jetées par IAM – soin de l’écriture, gravité – et par la Fonky Family – noirceur plus proche du bitume.

Comme beaucoup de leurs confrères, les Psy 4 de la Rime savent, dans leur quotidien, rivaliser de galéjades. En chansons, cette faconde se mue en une sombre mélancolie. « L’identité marseillaise, c’est cela, du soleil et des larmes, affirme Soprano, l’un des trois chanteurs, d’origine comorienne, du groupe. On rigole dans la vie, mais on recrache sur disque nos désillusions d’enfants grandis en cité. » « On nous répète : « Il faut vous intégrer ! » s’indigne Mino, Marseillais d’origine algérienne, une des plumes les plus douées de cette nouvelle génération. Mais nous sommes nés en France, que voulez-vous de plus ? C’est comme si je devais choisir entre mon père et ma mère et que j’étais rejeté par l’un et l’autre. »

LE HIP-HOP, MODE D’EXPRESSION

En dépit des rancoeurs, les jeunes des quartiers marseillais sont, en général, restés à l’écart des émeutes de l’automne 2005 dans les banlieues. Une réaction souvent expliquée par la densité du tissu associatif local.

Parmi les treize associations existant à Fonvert, un des quartiers nord de Marseille, l’association musicale 2000 est devenue un des centres névralgiques du rap de la ville. Son président, Tota, qui tient aussi un magasin d’alimentation, anime au pied des HLM un petit studio d’enregistrement qui a vu défiler une centaine de rappeurs. « On accueille gratuitement des gens de tout Marseille et même de Paris, explique-t-il. Nous avons aussi créé un label, Ghettonateur. Ici le hip-hop est un mode d’expression privilégié. »

Parmi les formations produites par Ghettonateur, Black Marché prépare un premier album nourri de rap hardcore et de sagesse marseillaise. « Quand Sarko parle de racaille à Paris, on le prend pour nous, revendique Kalif, un des chanteurs du groupe. On comprend les émeutes, mais on ne s’imaginait pas brûler la voiture du voisin : ici, c’est comme un village. »

Autre élément, un fort sentiment d’appartenance à la ville caractérise aussi le rap phocéen. « On se sent marseillais avant d’être comorien ou français », confie Soprano. « Les gens des quartiers n’ont pas l’impression de vivre en banlieue, ils font partie intégrante de la ville, et le centre-ville accueille depuis toujours toutes les ethnies », confirme Mino.

Une tradition que Keny Arkana juge en péril. « On est en train de nous voler ce Marseille cosmopolite, estime cette jeune fille d’origine argentine, une des nouvelles voix les plus intenses du rap français. On embourgeoise le centre-ville, on crée de nouveaux clivages. » Cette pasionaria, dont le premier album doit sortir cet été sur le label parisien Because, a de multiples raisons de s’enflammer. Nourrie par la virulence de NTM ou Assassin, elle a choisi de s’engager, entre autres, contre « la mondialisation libérale, le colonialisme fourbe » et pour « redonner un sens au politique, en mettant l’accent sur l’autogestion citoyenne », dans ses textes et au sein d’un collectif altermondialiste marseillais, la Rage du peuple. Marseille nourrit sa révolte et ses espoirs. « Ici, dit-elle, on est jugé au verbe être, pas au verbe avoir. »

Stéphane Davet

Principe fondateurs de l’Alliance Internationale des Habitants

Les principes fondateurs, qui conduisent le travail de l’Alliance et constituent les règles de conduite pour tous les membres. Ils ont été adopté en 2003 à Madrid.

I. PREAMBULE

Nous, représentants : d’associations d’habitants ; de mouvements sociaux ; de communautés ; de locataires ; de propriétaires ; de sans-abri ; d’habitant de favelas ; de coopératives ; des quartiers populaires de différentes régions du monde; 
Devant faire face aux violations permanentes du droit à un logement adéquat et à une ville habitable ; 
Dans un contexte de mondialisation néo-libérale, qui privatise les services publics et les droits humains, qui augmente la ségrégation sociale, qui dégrade les relations humaines et en fait des marchandises ; 
1. Considéré que, afin de protéger nos droits à être des utilisateurs et des bâtisseurs de villes, nous ne pouvons pas nous limiter à une simple protection locale de nos revendications, alors qu’il y a des investissements immobiliers énormes, la construction d’infrastructures urbaine, le désinvestissement du secteur public en raison de la dette et des paramètres monétaires, des migrations, et des conflits qui détruisent les tissus relationnels des villes, et qui mettent en péril la sécurité de milliards de gens et la survie de la planète. 
2. Face à une telle situation et afin de construire et de fortifier les relations de solidarité, qui peuvent être efficaces et démontrer qu’un genre différent de relations humaines est possible, nous sommes résolus, dorénavant, à agir de façon coordonnée d’une manière horizontale et en toute coopération, et ce du niveau local au niveau global. 
3. Par conséquent, nous gardons à l’esprit les choses faites auparavant, les dynamiques et les initiatives développées dans divers endroits du monde, qui ont produit des déclarations et des principes que nous faisons notre, et qui ont fait l’occasion d’un moment important de synthèse et de réunion à l’occasion de la Première Assemblée des Habitants du Monde à Mexico en 2000. 
4. Nous tenons aussi compte des principes de la Convention Internationale sur les Droits Economique, Sociaux et Culturels (art.11) et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (art.25). 

 II. LES ACTEURS

1. L’Alliance que nous promouvons aujourd’hui est placée dans cet effort collectif de même que dans le processus de l’Assemblée Mondiale des Citoyens pour un Monde Responsable et Solidaire et celui du Forum Social Mondial, dont nous adoptons la devise « Un autre Monde est Possible ». 
2. L’Alliance est un réseau d’associations de base d’habitants et de mouvements sociaux territoriaux : un mouvement interculturel, autonome, indépendant, qui s’auto-gouverne, et disponible à se coordonner avec les associations similaires qui poursuivent les mêmes buts. 

3. L’Alliance est composée d’organisations sociales et de populations indigènes, et souligne l’importance des femmes dans la lutte sociale, dans le développement et dans les initiatives populaires initiées pour diminuer la pauvreté.

4. Les organisations non gouvernementales et les institutions de professionnels qui rejoignent l’Alliance ont comme objectif d’aider et de donner un soutien technique et promotionnel aux propositions et aux initiatives approuvées par les organisations et mouvements sociaux de l’Alliance, et de mettre en place une équipe technique spécialisée à cet effet.

III. PRINCIPES

Les principes fondateurs, qui conduisent le travail de l’Alliance et constituent les règles de conduite pour tous les membres sont: 
1. L’équité des genres, le développement social et écologique mis en oeuvre par les habitants, leurs associations et leurs mouvements, et par les pouvoirs publics à partir de l’urbain. 
2. La justice sociale, un attachement actif et solidaire aux mouvements sociaux qui luttent pour un logement et un habitat approprié. 
3. La promotion, la protection des droits globaux des habitants et de la lutte pour le changement social et pour le contrôle des pouvoirs locaux, nationaux et internationaux, comme le résultat d’un effort commun avec les autres secteurs sociaux. 
4. L’unité avec les autres mouvements sociaux progressistes respectant la diversité sociale, culturelle et politique reconnue comme étant un enrichissement. 
5. La tolérance, le multiculturalisme et le respect des rythmes des habitants comme option pratique de vie quotidienne et de travail collectif. 
6. La reconnaissance par les institutions locales, nationales et internationales de processus participatifs en matière de droit au logement, à la ville et à un habitat convenable, vus comme une valeur ajoutée dans le processus de négociation en matière de planifications et de développement de politiques urbaines publiques. 
7. L’autonomie du mouvement urbain populaire des pouvoirs politiques et institutionnels, qui est diversement exprimée par sa lutte, ses demandes et son auto-gouvernement. 

IV. OBJECTIFS

L’Alliance a tracé un programme à court, moyen et à long terme afin de : 
1. Encourager les associations et mouvements d’habitants qui n’ont pas de voix au niveau international afin qu’ils puissent en avoir une, lutter et s’en saisir. 
2. Coordonner et rendre visible, force et solidarité aux activités nationales et internationales des habitants et de leurs associations. 
3. Elaborer des propositions de changement social, qui peuvent suggérer des modifications substantielles de la situation en matière de logement et de ville afin de la transformer et de la rendre viable. 
4. Se battre pour la reconnaissance, l’application et la protection du droit au logement, à la ville et à un habitat correct. 
5. Se battre pour la matérialisation sans frontières des droits économiques, sociaux, politiques et culturels des habitants. 
6. Contribuer à la recherche de modèles de développement alternatif au néo-le libéralisme et à ses conséquences négatives pour les pays du monde entier, sur base d’un nouveau rôle principal du secteur public en relation avec la société civile. 

Madrid, 12 septembre 2003 

Le Groupe Porteur
· Cesare Ottolini, Président de Unione Inquilini, Italie (Coordinateur) 
· Giuseppe la Biunda, Président de la Coopérative Coralli, Italie 
· Jean-Baptiste Eyraud, Porte parole du Droit Au Logement (DAL) France 
· Guillermo Rodríguez Curiel, Coordinateur du Front Continental des Organisations Communales (FCOC), Mexique 
· Beatriz Granillo, Représentant de la Coordination Indépendante Emiliano Zapata, Mexique 
· Pedro Franco, Représentant de la République Dominicaine 
· Roger Muro, Secrétaire Général du Groupe des Initiatives Urbaines (GIU), Pérou 
· Edmundo Fontes, Représentant de la Confédération Nationale des Associations d’Habitants (CONAM), Brésil 
· Sidiki Daff, Président du Centre de Recherche Populaire pour l’Action de la Ville (CERPAC), Sénégal
Le Groupe de Soutien Technique
· Lilia Santana, AITEC, France 
· Paul Maquet Makedonski, CENCA, Pérou 
· Walter Heredia, PROCAM, Pérou 
· Yves Cabannes, Coordinateur PGU et UN-HABITAT Amérique latine et Caraïbes