La mémoire de la Villeneuve, boussole du vivre-ensemble

Chaque mercredi soir, au 123 galerie de l’Arlequin, la permanence des habitant·es réunit celles et ceux qui veulent agir sur l’avenir de la Villeneuve. Le 4 novembre, une dizaine d’habitant·es y ont tiré un même fil, celui de la mémoire : la démolition du foyer Adoma, une exposition de photographies d’archives, l’héritage du projet éducatif, les totems de Rougemont. Une mémoire qui éclaire le présent : la réhabilitation du Patio, l’avenir de la Régie de quartier et la lutte contre l’extrême droite.

Le foyer Adoma, une mémoire à transmettre

La soirée s’est ouverte sur la démolition en cours du foyer Adoma. Derrière ce bâtiment, il y a une histoire. Les foyers Sonacotral sont nés en 1956 pour sortir des bidonvilles les travailleurs algériens venus reconstruire la France. Devenus Sonacotra, puis Adoma, ils ont logé des générations de travailleurs immigrés, souvent dans des chambres minuscules et sous l’œil de gérants qui veillaient au règlement.

Ces foyers ont aussi été le théâtre de l’une des plus longues luttes de l’immigration en France. De 1975 à 1980, des dizaines de milliers de résidents ont refusé de payer leurs loyers pour réclamer des loyers plus justes, le statut de locataire et la reconnaissance de leurs comités. Les résidents des foyers d’aujourd’hui, souvent des chibanis à la retraite, sont les héritiers de cette histoire.

Le foyer Adoma de la Villeneuve a été construit au moment des Jeux Olympiques. Sa démolition risque d’effacer son histoire et celle de ses habitants. À nous de continuer à la transmettre. Ariane a évoqué le livre de Mohamed Boukhatem et son film Notre santé n’est pas à vendre. Pour aller plus loin, l’ouvrage de référence est celui de Marc Bernardot, Loger les immigrés. La Sonacotra 1956-2006 (Éditions du Croquant, 2008). Choukri Hmed a consacré sa thèse à la même institution : Loger les étrangers « isolés » en France (Paris 1, 2006). Michel Fiévet, dans Le livre blanc des travailleurs immigrés des foyers (L’Harmattan, 1999), documente les conditions de vie dans ces foyers. Du côté mémoire des luttes, le GISTI a publié les deux tomes de Mémoire des luttes de l’immigration en France, où l’on trouve notamment la voix d’Assane Ba, ancien gréviste, dont le témoignage « Les grèves des foyers Sonacotra » est aussi en ligne. Enfin, la brochure du DAL 69, La grève des loyers dans les foyers Sonacotra 1973-1981 (2025), propose une synthèse militante et accessible.

Archives vivantes : la Villeneuve en images

La mémoire du quartier passe aussi par les images. Depuis plusieurs semaines, Benjamin Bultel de la Maison de l’Image mène un collectage photographique pour sauvegarder et transmettre la mémoire de la Villeneuve. Le résultat est exposé au Patio sous le titre « Archives vivantes de la Villeneuve ». Le vernissage a lieu mardi 10 novembre à 12h30 au Patio (97, galerie de l’Arlequin, tram A Arlequin), ouvert à toutes et tous. L’exposition reste visible jusqu’au 2 décembre, du lundi au samedi de 8h30 à 18h30, en entrée libre.

Les enfants de la Villeneuve, hier et aujourd’hui

Dans les années 1970, la Villeneuve a fait de l’éducation l’un des piliers de son utopie. Ariane Béranger a présenté le groupe de travail qui se constitue autour de Raymond Millot, pédagogue du projet éducatif du quartier. Une rencontre a eu lieu avec la bibliothèque pour y créer un espace dédié à la mémoire et au patrimoine.

Raymond Millot

Ce projet éducatif a très tôt attiré les chercheur·es. En 1976, la psychosociologue Marie-José Chombart de Lauwe publie avec son équipe Enfant en-jeu, une enquête commandée par la Caisse nationale des allocations familiales. L’équipe y observe les 6-14 ans pendant leur temps libre à la Villeneuve de Grenoble et trois autres territoires. La question centrale : comment les enfants utilisent-ils les équipements pensés pour eux, ou comment compensent-ils leur absence ? Marie-José Chombart de Lauwe voyait dans la Villeneuve une tentative d’intégrer l’enfance à la conception même de la ville. Elle soutenait que les enfants sont capables de s’approprier la ville, mais qu’ils restent en position de dominés, dont la parole est souvent mal interprétée par les adultes. Née en 1923, cette ancienne résistante déportée à Ravensbrück a raconté son parcours dans Résister toujours (Flammarion, 2015).

Cinquante ans plus tard, la question reste entière : quelle place pour les enfants à la Villeneuve, en pleine rénovation urbaine ? Yassine Bouzid y consacre une thèse, « Les enfants face aux politiques de renouvellement urbain. Expériences vécues dans des quartiers populaires en chantier (Grenoble/Turin) ». Et chaque mercredi, une ribambelle d’enfants et d’adolescent·es vient faire des crêpes au Barathym à partir de 14h. Alors, pourquoi pas, imaginer une transmission de l’héritage de Raymond Millot avec des supports pédagogiques lors des crêpes du mercredi ?

Rendez-vous en mars 2027 pour l’inauguration, à la bibliothèque, de « La Villeneuve, quelle histoire ?! ». En attendant, l’enquête Enfant en-jeu est lisible gratuitement sur HAL-SHS et n’hésitez pas à nous rejoindre les mercredi après midi au Patio !

Les totems de Rougemont, et le Patio à réinventer

Au cœur du Patio se dressent les totems de l’Arlequin, œuvre du plasticien Guy de Rougemont. À la suite de l’article publié sur ces totems, ses ayants droit ont contacté David. Ils se sont dits heureux que des habitant·es s’intéressent à ces colonnes, et ils vont écrire à la maire de Grenoble pour demander leur protection. Anne a posé une question restée en suspens : pourquoi a-t-on enlevé certaines colonnes ? Sans doute parce qu’elles étaient tombées dans l’oubli.

Ariane Béranger a rappelé l’origine de cette ambition : le voyage de l’équipe Dubedout au Danemark avec Gilman, porté par l’idée de « mettre l’art dans la rue ».

La principale chance de restaurer les totems, c’est la réhabilitation du Patio, dont le budget est estimé à environ 5 millions d’euros. Pour l’instant, habitant·es et usager·es n’en savent presque rien. Ce serait pourtant l’occasion de repenser les usages du lieu comme l’espace d’attente à l’entrée de la Maison des habitants, qui ne favorise pas l’appropriation collective ; une ouverture du Barathym vers le parc ; l’entrée de l’Espace 600 et le besoin d’un espace de pratique adapté dans la mezzanine et l’avenir du studio Guy Diard, pour mutualiser les espaces au service des habitant·es.

Et maintenant ? Première étape : informer les habitant·es, puis recueillir leurs avis et organiser un cycle d’ateliers participatifs sur la réhabilitation du Patio. Les ayants droit de Guy de Rougemont prévoient une visite en février 2027.

Régie de quartier : une AG éprouvante, mais démocratique

Mathieu Glayman et Anne Lemba ont rendu compte de l’assemblée générale de la Régie de quartier. Quatre heures de débats, éprouvantes, mais un vrai moment démocratique : la participation a été multipliée par trois, avec 106 votant·es. Les votes des rapports d’activités, rapport moral et financier se sont répartis entre 71 à 75 abstentions et 31 voix pour. Par conséquence, le retrait de la présidence et la démission de la direction temporaire ont été annoncés. Les inquiétudes restent fortes : un déficit de 160 000 euros, une trésorerie en baisse, et des questions sur l’avenir des emplois, des services aux habitant·es et des correspondants de nuit.

Et maintenant ? Le prochain conseil d’administration se tient lundi 9 novembre. Anne est mandatée par la permanence pour suivre les prochaines étapes.

Face à l’extrême droite, relier toujours relier

Dans le prolongement de la rencontre du 9 octobre, la permanence a été l’occasion de poursuivre la réflexion pour faire face à l’extrême droite. Nous avons évoqué la minute de silence pour Pengo Bossio Wangi, tué dans l’attentat de Trappes, ainsi que le résultat des élections aux États-Unis et l’émergence d’une nouvelle génération politisée.

Pour Pierre Didier Tché Tché Apéa, un basculement est en cours : les gens reprennent confiance, et cela provoque aussi des réactions en retour. D’où le sens de notre action : faire des liens, faire parler les gens, les amener à se croiser, à se connaître et à vivre ensemble.« Cela, c’est notre boulot. » Un porte-à-porte contre l’extrême droite démarre. Pour Mathieu, en référence à François Tallandier et aux « hommes qui s’éloignent », l’objectif est de ramener les gens dans le champ démocratique. Une question a dominé l’échange : comment s’adresser à ces personnes ? Tout le monde s’accorde à dire que cela se prépare : frapper aux portes sans préparation n’a rien d’évident.

Et maintenant ? Le porte-à-porte commence vendredi 6 novembre. Celles et ceux qui veulent y participer sont invité·es à se préparer ensemble avant de frapper aux portes.

Habitat participatif : le projet avance

Thomas et Emmanuel ont fait le point sur le dernier rendez-vous consacré à l’habitat participatif populaire au 120 galerie de l’Arlequin et au pacte de coopération proposé à la Ville et à ACTIS. La permanence salue les dernières avancées du projet. Pour nourrir la réflexion, Mathieu a présenté le projet L’Arche en l’île : 13 appartements en accession privée et 13 en logement social, réunis dans un même habitat participatif. Le nom de Rabia Enckell et sa démarche de « courtoisie urbaine » ont été cités.

Et maintenant ? Celles et ceux qui veulent s’impliquer peuvent rejoindre le groupe WhatsApp « Habitat Participatif Villeneuve ».

Une université populaire avec les étudiant·es mobilisé·es

S. a relayé la proposition d’université populaire portée par les étudiant·es mobilisé·es de l’IUGA. La permanence propose un thème : comment renforcer les liens entre les universités et la Villeneuve ? En soutien, la permanence a décidé de faire un don aux étudiant·es mobilisé·es. Et maintenant ? S. présente la proposition au prochain comité de mobilisation et nous fera un retour. La séance pourrait avoir lieu dès la semaine prochaine.

Beignets congolais et soirée cabaret

Tout au long de la permanence nous avons dégusté les beignets congolais préparés par Anne et Maranatha. Merci à elles !

Bonne nouvelle : ils seront de nouveau au menu du repas des habitant·es, vendredi 6 novembre à 12h au Barathym.

Agenda

  • Vendredi 6 novembre, 12h : repas des habitant·es au Barathym (avec des beignets congolais !)
  • Vendredi 6 novembre : début du porte-à-porte contre l’extrême droite
  • Lundi 9 novembre : conseil d’administration de la Régie de quartier
  • Mardi 10 novembre, 12h30 : vernissage de l’exposition « Archives vivantes de la Villeneuve » au Patio
  • Mercredi 11 novembre : pas de permanence (jour férié)
  • Mercredi 18 novembre : permanence de 17h30 à 18h30, suivie d’une soirée Cabaret au Barathym de 19h à 21h

Rejoignez-nous !

Prochaine permanence : mercredi 18 novembre, de 17h30 à 18h30, au 123 galerie de l’Arlequin, 38100 Grenoble, suivie de la soirée Cabaret au Barathym, à laquelle tout le monde est invité.

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