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CRITIQUE DE LA POLITIQUE URBAINE DE GRENOBLE

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L'objectif de ce document est de susciter un débat sur la nouvelle politique urbaine de Grenoble. N'hésitez pas à réagir en envoyant un émail à : asso.planning (a) gresille.org

Introduction

Le conseil municipal de Grenoble a récemment adopté un nouveau Plan d'Aménagement et de Développement Durable (PADD). C'est un document important pour une municipalité car il défini les orientations d'urbanisme et d'aménagement et précise les orientations concernant des espaces, des quartiers ou des actions publiques. C'est un volet du plan local d'urbanisme Intercommunal (PLUI) qui est en discussion dans les 49 communes de l'agglomération grenobloise avec la perspective d'une signature prévue en 2019.

C'est la première fois qu'un document reflète aussi clairement la nouvelle politique urbaine de la nouvelle municipalité de gauche, citoyenne et écologiste. En effet, depuis l'élection de mars 2014, l'action municipale avait surtout consisté à gérer les opérations lancées par les prédécesseurs. Le PLU avait certes été modifié, in-extremis, au cours de l'automne 2014, juste avant le transfert des compétences de l'urbanisme à la nouvelle Métropole. Mais il n'esquissait pas une vue d'ensemble, en tout cas pas aussi clairement que le présent document.

Le PADD n'est pas vraiment un document opérationnel mais il reflète les grandes orientations politiques pour construire la ville de demain. Malgré l'opacité des sigles et du langage technocratique, il doit être exprimé dans des termes simples et concis pour être accessible à tous et répondre aux grandes préoccupations des citoyens : comment améliorer la qualité de vie ? Comment créer une ville pour tous ? Quelles transformations pour bâtir une ville durable ? Nous ajoutons : quelles alternatives à la ville néolibérale et à la Smart City ?

Notre article propose une lecture critique du PADD présenté au conseil municipal de mai 2016 intitulé « un projet de Ville pour demain... ». Notre but est de participer au débat sur la nouvelle politique urbaine de Grenoble. Nous allons suivre l'organisation initiale du document en parcourant les trois axes principaux « une ville désirable et solidaire », « Grenoble, cœur de Métropole » et « Grenoble, ville en transition » qui sont ensuite déclinés en propositions. Nous ferons ressortir les points importants puis nous donnerons notre point de vue en formulant des propositions alternatives.

1. La faiblesse de la participation

Selon le site officiel de la coalition municipale, le PADD a été « construit en concertation avec les Grenoblois ». Quelle a été la réalité de la démarche participative mise en œuvre ? Les habitants ont été consultés à trois reprises seulement : un atelier pendant les Assises de la participation et deux rencontres publiques aux mois de février et avril 2016. Au total, les habitants présents ont été réunis pendant une douzaine d'heures. Le format des réunions était peu participatif : la parole des élus était ponctuée par des analyses d'experts (Gilles Novarina, Natacha Seigneuret, Stéphane Labranche...) laissant peu de place aux habitants. Si un atelier a réuni des professionnels (CCI...), les autres groupes sociaux n'ont pas été consultés. De notre point de vue, ils auraient du avoir la possibilité de défendre leurs intérêts pour construire un document partagé.

Le document produit à l'issue de cette prétendue concertation reflète, dans la forme du récit, ce manque de participation. Il s'agit le plus souvent d'une histoire de la ville écrite « d'en haut », qui passe notamment sous silence « la projection au sol des rapports sociaux », pour reprendre la formule du philosophe Henri Lefebvre. C'est une vision réductrice de l'histoire de Grenoble. Dès l'introduction, on entend la petite musique du mythe grenoblois forgé par les classes moyennes et supérieures : Grenoble aurait « toujours fait le choix d'anticiper pour ne pas subir » permettant de maîtriser la croissance urbaine des années 60 et d'anticiper la création d'une ville durable (...); Grenoble se serait construite grâce à l'« esprit d'initiative » de ses habitants qui auraient également comme valeurs « la solidarité » et le « partage »...

Ce récit ne correspond pas à l'expérience urbaine vécue par tous les habitants. Grenoble a aussi une histoire industrielle, ouvrière et populaire. Depuis 30 ans, la ville a été profondément transformée par la gentrification des quartiers situés au Nord. Le parc de logement n'a pas échappé à la financiarisation ou la studentification entraînant une hausse des loyers et un renforcement de la ségrégation sociale. Malgré les discours des élites urbaines inspirés des théories libérales du ruissellement (trickle down economics), tout le monde n'a pas bénéficié des politiques économiques et urbaines visant à transformer Grenoble en un vaste pôle de recherche intégré dans les réseaux de la mondialisation. Il apparaît clairement que ce mode de développement a également renforcé la fragmentation socio-spatiale et précarisé des milliers de personnes qui ont été impactées par le processus de désindustrialisation...

Pour opérer un rééquilibrage de la politique urbaine, la participation de tous les habitants est indispensable. En effet, les enjeux d'aujourd'hui ne limitent pas seulement à transformer la ville héritée des 30 glorieuses pour créer une ville « désirable et aérée » qui réponde aux engagements de la COP21. La participation des habitants est un principe essentiel pour refonder un contrat social en affirmant clairement l'importance de la citoyenneté urbaine, du « droit à la ville »  et de la « justice spatiale ».

Grenoble, ville désirable et solidaire

La première partie duPADD propose d'améliorer l'attractivité de la ville tout en préservant la solidarité. Si l'on comprend bien le document, il s'agit de rendre la ville plus belle, en respectant l'identité locale et en garantissant un logement pour tous. La politique urbaine veut également contribuer à diminuer l'impact du milieu urbain sur la santé des habitants. Cette partie est introduite par un texte rempli de formules vagues : «la solidarité a façonné la ville » ; « Grenoble est une ville monde grâce à son immigration » ou encore « le dynamisme économique et universitaire contribue à l'ouverture européenne et internationale de la ville » ! Le document devrait relativiser la place de Grenoble qui n'est pas une « ville-monde » (concept défini par Braudel et plus récemment par Saskia Sassen) mais plutôt une petite métropole régionale !

Au milieu d'un récit mythifié, les auteurs pointent des réalités vécues par les habitants : la « solidarité à la grenobloise » est doublement mise à l'épreuve : « par la persistance d'une crise polymorphe » et « des déséquilibres sociaux et spatiaux ». Les orientations sont assez claires : « Grenoble réaffirme sa volonté de continuer à être une ville ouverte et solidaire qui encourage le vivre ensemble » et « avance en mobilisant ses valeurs de solidarité, d'égalité sociale et territoriale, de continuité et d'harmonie urbaine ». Mais comment mettre en pratique ces belles formules dans la réalité vécue par les habitants pour enfin bâtir une ville pour tous ?

2. Améliorer le paysage urbain et les espaces publics

La première orientation est l'amélioration de la qualité de la ville. Selon le PADD, Grenoble doit être rendue plus « désirable » en améliorant le paysage urbain et l'aménagement des espaces publics grâce à des interventions sur les formes urbaines, le choix des matériaux, la réhabilitation du patrimoine et l'aménagement des places.

L'objectif sous-jacent est d'augmenter l'attractivité du territoire pour inverser la tendance du solde migratoire stable ou négatif, qui participe à l'étalement urbain, sans pour autant densifier la « troisième commune la plus dense de France ». Cette orientation est confirmée par les propositions de mise en valeur de la ville à travers « des percées visuelles sur le grand paysage », «des éléments du patrimoine bâti et végétal de la ville », «l'art dans la ville »....

On ne peut s’empêcher d'envisager les conséquences d'une politique urbaine axée sur l'attractivité : ne va t-elle pas susciter une nouvelle flambée des prix et une nouvelle étape de la gentrification du Nord de Grenoble ? Il est sans doute important de préserver le paysage urbain : Grenoble est trop souvent décrite comme une ville « grise » qui a besoin d'être embellie. Il est bien-sûr nécessaire d'encourager la diversité de l'architecture, d'améliorer la qualité urbaine des entrées de ville ou le traitement de la limite entre espaces publics et espaces privés comme cela est proposé dans cette première partie. Mais quelles sont les mesures à prendre pour éviter que la ville « désirable » ne devienne une ville (encore plus) chère ?

Le concept de « ville désirable » se confond trop souvent avec les formules de marketing territorial du type « Grenoble doit aujourd'hui réaffirmer ses charmes pour passer du standard au typique » (!). Au final, la lecture de cette première partie dégage un parfum un peu pittoresque. Si l'on force un peu le trait, la carte de la page 8 pourrait être illustrer par la la célèbre remarque attribuée à Stendhal : «au bout de chaque rue, une montagne »...

Nous reconnaissons le besoin d'améliorer les espaces publics mais, de notre point de vue, ils doivent être considérés collectivement comme un bien commun et une partie intégrante du droit à la ville. Il s'agit bien-sûr d'améliorer les usages, l'accessibilité ou la végétalisation - comme cela est proposé dans le PADD - mais il est également important d'insister sur la dimension socioculturelle et politique de l'espace public (totalement absente du document). La co-création des espaces publics peut tout à fait participer à la préservation et à la création des nouvelles identités de quartier (le mouvement des « placemakers1 » peut être une source d'inspiration). Mais le PADD devrait être également l'occasion de lutter contre la gentrification et d'améliorer la gestion des espaces publics. La rédaction des documents de planification urbaine est une occasion pour inscrire clairement la lutte contre la privatisation de l'espace public (et des services urbains) et l'interdiction des mesures sécuritaires qui affectent certaines populations comme les sans abris et les jeunes des quartiers populaires.

3. Une politique du logement insuffisante

Le document pose un constat inquiétant : 2500 personnes sans logements dans l'agglomération, les prix du logement qui explosent et des quartiers dits « en difficulté ». Pour faire face à cette situation, trois objectifs principaux sont énoncés  : « offrir la possibilité à tous les Grenoblois de se loger dignement et à un prix abordable », « améliorer la qualité des logements » et « réduire les inégalités sociales et territoriales et encourager la solidarité ». Ces orientations sont ensuite déclinées pour « produire des logements en imposant un minimum de logements sociaux dans les constructions neuves », « prendre part à l'effort de construction », « acquérir des logements pour les inclure dans le parc social » et « réhabiliter le parc de logements anciens ». Est également mentionné la mobilisation des logements vacants ou sous-occupés et des mesures pour le logement étudiant, les personnes âgées (dont la domotique) et les gens du voyage.

Ces mesures correspondent à la politique du logement de la gauche depuis la loi Besson et la SRU. Elles sont nécessaires mais ne sont pas suffisantes pour faire face à la crise du logement que nous connaissons. Le PADD contient plusieurs ambiguïtés à propos du « logement abordable » et des politiques d'accès à la propriété allant jusqu'à réemployer l'argument à la mode chez les promoteurs et les banques : « les jeunes ont du mal à accéder à la propriété ». Faut-il rappeler que le « logement abordable » est un alibi souvent utilisé par l'Union Européenne ou les gouvernements libéraux pour éviter la construction de logements sociaux et que les homeownership policies sont en partie responsables de la crise de 2008 ?

Pour construire une ville pour tous et rendre effectif le droit à la ville, la municipalité devrait bâtir une politique du logement qui s'attaque aux logiques du marché (idéologie du tout propriétaire, spéculation foncière et immobilière, financiarisation du logement...) et aux pratiques abusives de certains acteurs (banques, agences immobilières, investisseurs et promoteurs...). Nous avons également besoin d'un grand service public local de l'habitat et du logement dont la fonction principale serait la régulation du marché immobilier. Il s'agit non seulement de proposer une offre de logement mais également de rendre effectif le droit au logement, de construire des logements sociaux mais également de lutter contre l'idéologie du tout propriétaire, d'avoir une offre locative sociale mais également de réduire la part de location et de la propriété privées, de maîtriser les prix mais également d'appliquer la baisse et le plafonnement des loyers esquissés par la loi ALUR. Tant que des personnes vivent à la rue ou dans des quartiers auto-construits, la municipalité devrait utiliser son droit de réquisition de logements vacants.

Concernant les enjeux de réhabilitation thermique : si le dispositif Mur-Mur porte progressivement ses fruits, les projets « éco-cités » et « city-zen » devraient être clairement réorientés pour être appropriés par les citoyens et des communautés. Il s'agit notamment d'agir au delà des copropriétés pour produire des transformations urbaines à l'échelle des îlots.

4. Continuité de la politique de la ville

La troisième orientation est de réduire les inégalités sociales et territoriales à Grenoble. Le document le reconnaît : les écarts entre le Nord et le sud des la ville ont augmenté depuis une trentaine d'année. Cette « fragmentation socio-spatiale », n'est pas propre à Grenoble : c'est l'une des conséquences les plus visible des politiques néolibérales. Le PADD propose alors de mieux répartir les logement locatifs sociaux, en encourageant la mixité intergénérationnelle, en optimisant la répartition des équipements publics, en faisant de la « couture urbaine », en travaillant prioritairement sur les quartiers de la politique de la ville et en renforçant le développement des réseaux de communications numériques.

Les habitants des quartiers populaires entendent ces propositions depuis 30 ans, avec les résultats que l'on connaît, et il y a peu de chance que ce soit le numérique qui réduise la fracture sociale. La signature en Juillet 2015 d'un contrat de ville, sans véritable contenu ni participation des habitants, était un signe avant-coureur de l'absence de politique alternative pour les quartiers populaires.

La nouvelle politique urbaine s'inscrit donc dans la continuité de la politique de la ville basée sur le concept ambiguë de « mixité sociale ». Il n'y a aucune remise en cause de la politique nationale de rénovation urbaine. Pire, on retrouve des propositions de « diminution de la part de logements sociaux » ou de « désenclavement des quartiers » : des formules qui servent souvent de prétexte à la privatisation ou à la destruction du parc de logement social issue de la période keynésienne.

Enfin, nous devinons ce qui se cache derrière l'idée « d'optimisation de la répartition d'équipement public » c'est à dire un processus de réduction du service public local.

Une autre politique urbaine est possible pour les quartiers populaires. Le nouveau pouvoir municipal s'était d'ailleurs dit intéressé par les propositions de l'Atelier Populaire d'Urbanisme de Villeneuve et le renversement du paradigme proposé par le rapport Mechmache-Bacqué intitulé « pour une réforme radicale de la politique de la ville ». Le projet urbain stratégique et démocratique de l'APU et la trentaine de propositions du rapport auraient pu servir d'inspiration pour envisager des propositions alternatives. Il s'agit de préserver l'héritage keynésien et soutenir le développement du « pouvoir d'agir » des habitants afin qu'ils transforment leur environnement urbain et améliorent leur qualité de vie.

La nouvelle politique urbaine est une occasion pour envisager un nouveau cycle de développement urbain guidé par l'idée de justice spatiale et le droit à la ville. Il s'agit avant tout de préserver les quartiers d'habitat social contre les privatisations ou démolitions, d'éviter la marchandisation du logement social, de lutter contre les inégalités environnementales, de mener les réhabilitations thermiques pour améliorer la qualité de ce parc, de réfléchir aux parcours résidentiels, de co-construire l'aménagement de l'espace public, de soutenir les dynamiques économiques inclusives et de préserver les équipements publics qui répondent aux besoins des habitants.

5. La santé des habitants enfin pris en compte

Cette première partie du PADD se termine par une note positive avec l'objectif d'améliorer la santé des habitants. Le document reprend largement les résultats du Plan Municipal de Santé. Nous saluons ce travail des services et des élus de la ville de Grenoble qui ont formulé trois axes : limiter les émissions de polluants, limiter l'exposition des habitants et autres sources de nuisance, contribuer à une offre de santé de proximité pour tous les habitants et favoriser la pratique de l'activité physique. Insistons sur la qualité de ce travail. Il n'est pas fréquent de voir une prise en compte des questions de santé dans les politiques urbaines.

Grenoble, cœur de métropole

La seconde partie porte sur la place de Grenoble dans la Métropole. Elle s'articule concrètement suivant deux axes : «Vers la Métropole équilibrée et multipolaire » et « Développer et diversifier l'emploi et l'attractivité dans la Métropole ». Le rapprochement de ces deux thématiques n'est pas anodin. Formulée dans un langage technocratique et abstrait2, l'introduction prend note du retard de la construction institutionnelle de la Métropole et affirme vouloir prendre en compte des « pôles » métropolitains et de proximité. Le PADD de Grenoble insiste sur l'importance de la ville-centre où vivent plus d'un tiers des habitants de l'agglomération avec 40% des emplois et la présence d'équipements d'envergure. La nouvelle politique urbaine envisage deux secteurs stratégiques de dimension métropolitaine : un centre ville élargi et Villeneuve (dans son périmètre étendu). Le document propose ensuite de favoriser la vie de quartier autour «de pôles de vie de proximité » et « penser l'aménagement de secteurs stratégiques en partenariat [avec] les communes voisines ».

6. Un centre ville réduit à sa fonction marchande

La première orientation porte sur le projet d’agrandissement du centre ville. Cette proposition s'inscrit clairement dans la continuité de la politique urbaine précédente intitulée « cœur de ville, cœur d'agglo ». Il est vrai que le travail initial porté par Alexandre Chemetoff a fait ses preuves - notamment avec la petite transformation du parc Paul Mistral. Mais cette politique urbaine comporte également des ambiguïtés à relever. Les grandes lignes du document semblent en effet réduire le centre-ville à sa fonction marchande ou touristique. On y affirme surtout vouloir soutenir « le commerce » et « conforter le centre-ville élargi ». A aucun moment, le document ne fixe comme objectif la lutte contre la gentrification du centre ville et la marchandisation du centre ville. L'affrontement entre les classes sociales pour l'appropriation du centre est passé sous silence.

Nous sommes évidemment favorables aux extensions piétonnes, aux aménagements pour les vélos ou à la valorisation du patrimoine historique ou naturel. Mais on regrette l'absence de position ferme face au processus de marchandisation. La nouvelle municipalité de gauche, écologiste et citoyenne a-t-elle cédé à la campagne d'affichage menée par une partie des commerçants au cours de l'automne 2015 ? Les élus ont-ils oublié les prises de position répétées de certains commerçants de l'avenue Alsace-Lorraine contre les jeunes, les personnes sans logements, les Roms ou les travailleuses du sexe ? Les élus ne semblent pas mesurer les conséquences d'une politique de soutien à la fonction marchande du centre-ville. L'un d'entre eux a même affirmé, en réunion publique, vouloir transformer le quartier Championnet en un « Petit Marais »... Ce quartier parisien est pourtant un cas d'école des processus de gentrification  !

L'ancrage à gauche du nouveau pouvoir municipal est une occasion unique pour infléchir la marchandisation du centre ville de Grenoble, qui n'est pas à vendre !  Le centre ville est un bien commun où s'exprime une pluralité d'usages quotidiens qui doivent être respectés et préservés. De fait, le PADD devrait se fixer comme objectif de conforter des usages du centre-ville autre que marchand – pensons aux formes d'expression politique à Felix Poulat ou au Jardin de Ville - ou favoriser la présence de la culture dans l'espace public. Il s'agit également de conforter les rares rues qui restent populaires dans la continuité des politiques de rénovation de l'équipe Dubedout à Très Cloîtres, qui ont tout de même produit des effets encore perceptibles aujourd'hui. Enfin, St Bruno est un espace métropolitain de première importance pour les classes populaires, qui devrait être reconnu en tant que tel et bénéficier d'aménagements demandés par les habitants.

7. Le devenir de Villeneuve encore flou

La seconde orientation est le renforcement du secteur de Grand'Place / Cours de l'Europe - c'est à dire de la Villeneuve – comme centralité à l'échelle métropolitaine. La nouvelle politique urbaine propose de renforcer la mise en relation des différents ensembles, préserver l'activité économique, améliorer la qualité des espaces publics et aménager les entrées de ville depuis le Sud...

Mise à part l'idée de la centralité métropolitaine, le PADD n'offre pas une vision très claire pour l'avenir de Villeneuve. Cette partie de la ville est pourtant en profonde mutation et c'est au document de planification urbaine de tracer une direction. Quelle est la situation d'aujourd'hui ? La Villeneuve est un secteur central pour l'habitat des classes populaires. Ce modèle de ville keynésienne résiste à l'avancée de la ville néolibérale. La taille et la qualité du projet urbain de l'AUA3 rend difficile sa transformation par les logiques actuelles du marché. La crise ayant produit une baisse des prix, les promoteurs semblent attendre un nouveau cycle de spéculation plutôt que de se lancer dans des opérations risquées. Quant à l’État, il n'a plus les moyens de faire plus que la rénovation urbaine de l'Arlequin. Si l'on s'accorde sur ces constats, il y a de fortes chances que Villeneuve reste « en attente » encore plusieurs années.

De notre point de vue, la nouvelle politique urbaine devrait être centrée sur les habitants qui sont les mieux placés pour faire émerger de nouvelles dynamiques. Il s'agit donc de s'appuyer sur les ressources du territoire. La baisse des prix de vente des logements n'est pas forcément une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Certes, les copropriétaires doivent être aidés pour engager des réhabilitations mais avoir des prix bas est une opportunité pour garantir le logement des classes populaires au cœur de la métropole. Par ailleurs, il faut réfléchir à la destination de très nombreux espaces vides à Villeneuve. Comme nous le montre l'exemple des friches industrielles dans les années 80, la ville de demain n'est pas forcément construite par les logiques de marché ou des grandes politiques urbaines d’État. Par conséquence, pourquoi ne pas transformer les friches par des affectations transitoires : au 160 galerie de l'Arlequin, au collège des Saules, à la Piscine, au Crous ou dans l'immeuble de France Télécoms ? Des propositions ont déjà été esquissées avec les habitants de Villeneuve dans le cadre de l'Atelier Populaire d'Urbanisme. Elles pourraient servir de base à une reformulation de cette partie du PADD. La présence de l'école d'architecture, de l'institut d'urbanisme, de l'institut de géographie alpine et de l'institut de communication et des médias constitue aussi une opportunité pour imaginer le devenir de ce territoire stratégique.

8. Renforcer la vie de quartier et agir sur les frontières

Le document propose également de « favoriser la vie de quartier autour de pôles de vie de proximité » et « penser l'aménagement de secteurs stratégiques en partenariat avec les communes voisines ». Est-ce le début du remplacement de la logique de polarisation métropolitaine adoptée lors du projet d'agglomération Acte 2  par un modèle isotropique formulé par Pflieger & Sauvage (voir les études POPSU2) ?

Conforter la vie de quartier est une option intéressante qui mériterait d'être plus approfondie dans le document. Pour l'instant, le PADD en reste à la première étape « identifier dans les quartiers les espaces concentrant une pluralité de fonctions comme des pôles de vie à conforter ». On peut également s'interroger sur la suffisance des propositions axées sur l’accessibilité, la signalétique et les équipements pour renforcer l'animation urbaine. Un quartier est avant tout un lieu d'organisation sociale et de densité des relations sociales qui possède ces hiérarchies vis à vis des autres espaces en direction desquels il se déverse (cours, boulevard...). C'est cette hiérarchie complexe – avec une meilleure prise en compte des flux humains, technologiques ou financiers - qu'il s'agit de bien comprendre. Encore une fois, l'engagement des habitants est indispensable car ils sont les premiers concernés et connaissent leur quartier et ses usages.
Le renforcement de la vie de quartier est aussi une opportunité pour repenser la notion « d'équipement » héritée du compromis keynésien. Avec un contexte budgétaire contraint, il paraît important de préserver les équipements existants et, le cas échéant, de soutenir la création d'espaces autonomes et communautaires ancrés sur des initiatives locales- ou « tiers lieux » - qui renforceraient les dynamiques de quartier.

Concernant le lien avec les communes voisines, il s'agit de travailler plus précisément sur les frontières actuelles de Grenoble qui sont déjà des espaces de vie d'aujourd'hui et accueillerons les quartiers de demain. Il y a des usages dans les coupures urbaines utilisées comme des ressources (rivière, bastille...) et un besoin de transformer des infrastructures routières (la Rocade, l'A480...).

9. Vers une diversification économique

Du point de vue économique, le PADD prend acte des conséquences négatives de la spécialisation du territoire (pour plus de précision voir l'analyse de Magali Talandier dans les études POPSU2). Les auteurs proposent donc d'agir dans deux directions : d'une part s'appuyer sur les ressources du territoire pour une diversification économique, par exemple dans le domaine de la ville durable et dans le secteur du tourisme, et d'autre part, de continuer une politique d'attractivité à travers des mesures de réservation foncière à destination des entreprises.

La reconnaissance des limites de la spécialisation de Grenoble est en effet une occasion pour faire émerger une nouvelle géographie économique. Quels sont les atouts du territoire ? Quelles sont les mutations en cours, sur quels espaces ? Comment engager une transformation économique respectueuse des hommes et de l'environnement ? Quels sont les espaces économiques et d'emplois pour demain ? Ajoutons : comment lutter concrètement contre le capitalisme et les multinationales ?

Si les politiques urbaines traditionnelles (zonage...) se poursuivent, l'avenir du développement économique sera localisé dans les territoires métropolitains. En effet, les cycles de développement des entreprises capitalistes nécessitent une extension perpétuelle vers de nouveaux espaces laissant derrière elles des friches et sols pollués qui sont à la charge des collectivités. De fait, il n'est pas certain que continuer à sanctuariser du foncier à Grenoble pour les entreprises soit la meilleure stratégie, même si cela rapporte impôts locaux et emplois. Avant d'envisager de réserver les derniers espaces stratégiques situés dans les quartiers intermédiaires (Flaubert...) ou dans les friches tertiaires du Sud (Allibert...), commençons par poser la question de l'avenir des friches tertiaire à Villeneuve et, sur le territoire métropolitain, de la dé-pollution des sols du secteur de la chimie à Pont-de-Claix et Jarrie.

Quelles sont les alternatives dans un contexte de contrainte foncière ? La mutation technologique permet d'envisager une nouvelle géographie économique avec des nouveaux centres de production, de recherche ou de services, plus petits, disséminés dans les quartiers. Au lieu de se cantonner au modèle des parcs d'entreprises, pourquoi ne pas créer des « ZIRST diffuses et populaires », à l'échelle de Grenoble, qui ne serait pas réservées aux cadres supérieurs ? De tel « tiers lieux » pourraient favoriser la diffusion de savoirs libres et de connaissances dans l'objectif de créer des pépinières d'entreprises coopératives œuvrant à la transformation écologique et sociale de notre économie. Imaginons une « contre-stratégie de Lisbonne 4» qui ne soit pas basée sur la logique de la compétitivité mais qui fasse le pari de la coopération et du développement local. Ainsi, au lieu de renforcer les investissements autour de la presqu'île, de la dite « Innovallée » ou du campus, il s'agirait de créer une nouvelle géographie économique dans toute la ville, au service de l'emploi de tous les habitants.

Certes, le PADD propose une diversification économique, le renforcement de la mixité des fonctions, la création de pépinières d'entreprises, le développement des entreprises du domaine de l’Économie Sociale et Solidaire mais n'évoque pas une rupture claire avec les politiques d'attractivité et le capitalisme. Pour faire émerger la ville de demain, nous avons pourtant besoin d'une réelle transition économique. Il faut contraindre les entreprises à s'adapter si elles veulent continuer à avoir accès au capital humain, utiliser l'infrastructure urbaine, profiter des économies d'échelles et des externalités positives.

Le troisième objectif vise à soutenir le commerce de proximité et à mettre en place d'un centre de distribution urbaine, en partenariat avec le SMTC. Il nous semble aller dans le bon sens.

10. Opportunités et dangers du tourisme

La dernière proposition de cette seconde partie du PADD est la mise en valeur du potentiel touristique de Grenoble. Nous ne doutons pas de la pertinence de la stratégie productivo-résidentielle. Nous voulons néanmoins formuler trois remarques : d'une part, la stratégie ne doit pas être limitée à la ville-centre, d'autre part, elle ne doit pas se limiter au patrimoine matériel et surtout, il est nécessaire de réfléchir aux conséquences d'une politique urbaine axée sur le tourisme.

Premièrement, le potentiel touristique doit être développé en complémentarité avec les espaces environnants. Les territoires de montagne sont des atouts exceptionnels et Grenoble possède un bassin d'emploi et des ressources en terme de services, de transports et de logistique pour le tourisme alpin. Sa proximité directe avec les massifs et les vallées lui confère un rôle stratégique. L'accès à la ville et les accès aux sites en transports en commun doivent bien-sûr être améliorés.

Deuxièmement, les projets de « mise en valeur du patrimoine bâti de Grenoble » et « les parcours piétons pour faire connaître des initiatives en matière de développement urbain durable » ne sont pas suffisants. Ces propositions devraient être intégrées dans un projet plus ambitieux incluant un processus de planification cultuelle (cultural planning5) pour valoriser le patrimoine immatériel.

Troisièmement, il est également important d'envisager dès maintenant les revers du développement touristique. Les expériences de Barcelone ou d'Amsterdam montrent quels sont les nuisances de ce modèle entraînant une perte d'identité de la ville, une ubérisation du marché du logement, des processus de gentrification... Il s'agit donc de bien réfléchir à la maîtrise du phénomène pour éviter d'en subir les conséquences négatives.

Grenoble, ville en transition

Le troisième volet du PADD porte sur l'écologie urbaine. Sans aucun doute, c'est la partie qui reflète le mieux le changement de cap de la politique urbaine souhaité par la municipalité de gauche, écologiste et citoyenne. Les concepts sont souvent tirés de l'agenda international post-COP21 : Grenoble doit « devenir une ville résiliente c'est à dire une ville capable de se transformer et de continuer à proposer du bien vivre indépendamment des chocs auxquels elle pourrait être confrontée demain ». Ce dernier volet est divisé en deux grandes parties : « construire une ville robuste et résiliente » et « encourager une mobilité plus douce et plus respectueuse de l'environnement ».

11. Une ville durable en question

Qu'est ce qu'une ville « robuste » et « résiliente » ? Le texte introductif le définit comme un territoire qui mobilise « tous les acteurs qui font la ville » dans le domaine de l'énergie, de l'environnement, de la prise en compte des risques et dans la production agricole. Ces objectifs correspondent au « Plan Air-Energie-Climat territorial » adopté par la Métropole en décembre 2014 : 40% de baisse de consommation d'énergie d'ici 2030 et augmentation de 30% de la production d'énergie renouvelable. Si la résilience nous paraît être un concept central, on reste un peu sceptique sur la « ville robuste »...
Tous les leviers de la transition énergétique sont mobilisés pour répondre au premier objectif : bâtir «  un territoire à énergie positive ». Il s'agit d'accélérer le développement de production d'énergie renouvelable, valoriser le réseau de chaleur urbain, intensifier les efforts de réhabilitation thermique en mettant l'accent sur le parc 1945-1975, construire des bâtiments économes en énergie, encourager une conception bioclimatique, encourager l'utilisation de matériaux de construction à faible énergie grise et valoriser les réseaux d'énergie optimisant les consommations (smart grids).

A Grenoble, la transition est en marche mais la nouvelle politique urbaine ne doit pas se confondre avec le paradigme de la « Smart City » promue par les multinationales. En effet, le PADD devrait énoncer très clairement que ce sont les citoyens qui sont au cœur de cette transition, en garantissant des services urbains publics, en facilitant leur regroupement en coopératives de production d’énergie ou de réhabilitation...etc Si les entreprises ont certainement un rôle à jouer, il faut à tout prix éviter que ville durable soit le nouveau marché des multinationales. C'est pourquoi nous remettons en cause l'idée des « quartiers démonstrateurs », que ce soit à la Presqu'île ou à Flaubert, qui privatisent certains services urbains et participent à la création d'une ville à deux vitesses. Terminons par une charge contre les « smart grids » vendus par les multinationales du secteur (bien implantées à Grenoble !). La vigilance doit être maximale : la fronde actuelle contre les compteurs Linky nous le rappelle. Il est de la responsabilité des institutions publiques d'avoir des garanties sur l'impact sur la santé, le contrôle citoyen des données, le caractère libre des logiciels, l'absence d'algorithmes et les possibilités de refus ou de non-individualisation des compteurs.

Pour bâtir une ville résiliente, le document affirme vouloir « adapter la ville aux effets du changement climatique » et « réduire l'impact de l'urbanisation sur l'environnement et protéger la biodiversité ». Nous sommes favorables à toutes ces propositions mais le document pourrait insister un peu plus sur l'importance des arbres (voir Open Tree Map). Il en est de même sur la place des animaux et des autres espèces en milieu urbain. Concernant l'enjeu de la prise en compte des risques natures et technologiques dans le développement de la ville », il faut certes actualiser notre connaissance des sites et sols pollués. Comme nous l'avons déjà évoqué, il s'agit également d'envisager la transformation des industries polluantes notamment dans le secteur de la chimie pour en finir définitivement avec la période paléotechnique.

Pour clore ce volet, nous sommes favorables à l'objectif de « développer la production agricole en milieu urbain et favoriser les circuits courts ». Il est effectivement primordial de limiter l'étalement urbain, de développer l'agriculture et l'apiculture urbaines et de renforcer le rôle du Marché d'Intérêt National. Cependant, si l'objectif de développer la viticulture biologique sur les pentes de la bastille nous semble anecdotique, nous nous étonnons que ne soit pas inscrit clairement le soutien aux marchés locaux, aux AMAP et autres formes de distribution de produits locaux qui se développent dans l'espace public.

12. Une nouvelle étape de la mobilité urbaine

La dernière partie du PADD confirme la petite révolution en cours dans le domaine de la mobilité urbaine. Le texte exprime bien que nous sommes à la fin du modèle de la voiture individuelle, qui génère congestion et forte pollution atmosphérique, affectant la santé des citoyens. De fait, le document définit quatre objectifs principaux : encourager la marche et le vélo (en multipliant par trois la part modale du vélo), « fluidifier le trafic automobile et encourager un usage partagé de la voiture », développer l'usage des transports en commun et optimiser l'offre de stationnement.

Concernant le vélo et la marche, la création d'axes structurants, l'amélioration des voies, la création des locaux sont des mesures importantes que l'on retrouve dans la nouvelle politique urbaine. Il manque néanmoins certaines remarques sur les différences spatiales dans l'utilisation du vélo. Il est notamment urgent de renforcer les politiques vélos dans le sud de la ville.

Quant aux mesures concernant l'automobile, nous nous demandons pourquoi ne pas aller plus loin que la « fluidification du trafic routier sans pour autant en augmenter le volume ». Pourquoi ne pas se fixer comme objectif une baisse du volume du trafic ? De plus, l'objectif d'intégration urbaine et paysagère de l'A480 et de la rocade Sud (voir première partie, p.6) passera probablement par leur transformation en boulevard urbain. Alors pourquoi ne pas en faire un objectif dès aujourd'hui pour contrer ceux qui veulent au contraire une extension de l'A480 ? Enfin, il est certes important que la ville accompagne la mutualisation des voitures individuelles, mais il ne faudrait pas que cela se fasse au bénéfice des starts-ups qui seront rapidement rachetés par les multinationales qui préparent la mise sur le marché de « solutions innovante de mobilité ».

Concernant les transports en commun, si l'offre est déjà abondante, nous avons besoin d'un nouveau stade de leur développement. Il passera certainement par une meilleure coordination avec l'ensemble des opérateurs (SMTC, département, région, SNCF) pour la création d'un réseau unique, accompagnée par de nouveaux investissements, offrant une amélioration du service pour les voyageurs. Cette proposition est sans doute difficile à mettre en œuvre dans le contexte politique actuel, mais face aux enjeux cruciaux pour l'avenir de la planète, les élus doivent prendre leurs responsabilités en mettant de côté les tactiques politiciennes.

Conclusion

Notre lecture critique du Plan d'Aménagement et de Développement Durable (PADD) nous a permis de décrypter plus précisément la nouvelle politique urbaine de Grenoble portée par la nouvelle municipalité. On aurait pu penser que l'ancrage à gauche du nouveau pouvoir induisait une politique urbaine qui s'attaque directement aux logiques de la ville néolibérale. En réalité, le PADD de Grenoble s'inscrit plutôt dans l'agenda urbain post-COP21, avec un réel intérêt pour l'espace public, et en garantissant une dose de solidarité en direction des classes populaires. Hormis la question importante de la densification, la municipalité s'inscrit à plusieurs reprises dans la continuité des orientations du pouvoir précédent : un renforcement de la fonction marchande du centre-ville, continuité de la politique du logement et la politique de la ville... Nous avons également noté la persistance des politiques d'attractivité que l'on retrouve dans l'idée de « ville désirable » et dans les politiques économiques de réservation de foncier pour les entreprises.

Face à la puissance du capitalisme et du paradigme de la ville néolibérale, il nous semble peu probable que cela suffise pour bâtir « une ville pour tous » et pour garantir le « droit à la ville ». Il existe pourtant des alternatives : au lieu de s'inspirer des politiques qui ont fait la preuve de leur insuffisance, la nouvelle municipalité devrait se pencher sur le débat international suscité par le sommet « Habitat III » pour élaborer une nouvelle politique urbaine.

Comme nous l'avons suggéré tout au long du document, nous pensons nécessaire l'abandon de la logique d'attractivité au profit d'une nouvelle politique de développement urbain. Le premier pas pourrait être de remettre le pouvoir d'agir des habitants au cœur de l'élaboration de la politique urbaine en s'appuyant sur les mouvements sociaux. Il serait ainsi possible de recentrer la politique concernant l'espace public, de proposer des mesures contre la gentrification, de mener une politique du logement plus ambitieuse, de mettre en œuvre un nouveau paradigme pour les quartiers populaires et de reconnaître les enjeux du droit à la ville et de la justice spatiale... Il nous semble enfin nécessaire de réorienter les projets écocités, en remplaçant « les quartiers démonstrateurs » (et le dispositif écocités) par de nouvelles réhabilitations menées à l'échelle des îlots, qui s'accompagnerait par l'émergence d'une nouvelle génération d'équipements (des « tiers lieux ») afin d'organiser la transition écologique avec tous les habitants de Grenoble.

Si nous avons examiné le document de manière linéaire, terminons par un rappel de la logique systémique de la planification urbaine : en tant que synthèse de plusieurs politiques publiques, les documents de planification visent une cohérence entre les différents objectifs énoncés. Il serait donc nécessaire d’approfondir notre critique en croisant les différents objectifs (par exemple, comment faire pour que l'amélioration des espaces publics n'entraîne pas une hausse des loyers qui serait contraire à la politique de maîtrise du marché du logement ?) Depuis plus de 40 ans, les mouvements sociaux, avec le soutien de nombreux chercheurs et quelques collectivités locales, ont élaboré le concept du « droit à la ville ». Cette idée sert aujourd'hui de guide pour les différents objectifs de l'agenda urbain international. Alors qu'attendons-nous pour faire du « droit à la ville » une réalité à Grenoble ?

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