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Vers un alignement des planètes : bâtir la transition sociale et écologique dans les territoires

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V1. Planning - Contact ; asso.planning (a) gresille.org
Ce texte a été rédigé pour la préparation de la rencontre de Villarceaux 3. Il peut être enrichi et discuté sur ce PAD https://frama.link/bNpwzPRQ

La mobilisation de ces dernières semaines autour des marches pour le climat a permis d'inscrire les enjeux du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité au cœur de l'agenda citoyen, politique et médiatique. Un débat s'engage désormais sur les orientations stratégiques de ce mouvement. Quelles sont les victoires gagnables ? Quelles organisations pour ce mouvement qui réunissant des dizaines de milliers de citoyens dans plus de 80 villes ? Quelles perspectives sommes nous capables de faire émerger qui soient à la hauteur du défi ? Dans ce texte, nous souhaitons apporter une contribution en articulant plusieurs propositions autour des plans climats, de la création d'un écosystème de la transition, de la perspective du municipalisme et du mouvement des communs.

Pour construire une transition juste, nous avons besoin « d'aligner nos planètes » c'est à dire toutes nos initiatives, individuelles et collectives. Cet effort d'articulation est une démarche multi-acteurs (citoyens, élus, professionnels, entreprises...), multi-échelles (locales, régionales, nationales, européennes, internationales...) et multi-thématiques (alimentation, énergie, urbanisme, mobilité...). La transition nécessite de nous «aligner » et de nous « ajuster » les uns aux autres. Nous avons également besoin de nouveaux espaces de convergences et d'un calendrier pour construire cet alignement stratégique pour créer des processus de changement profond, ce qui nécessite à la fois de nouvelles relations de coopération et une nouvelle infrastructure territoriale et numérique.

La proposition est de construire cet alignement autour de plans climats écosystémiques ancrés dans les territoires. Cette proposition s'inscrit dans la quadruple dynamique :

-la mobilisation d'Alternatiba qui, tout au long de son tour de France en 2018, a porté une campagne autour des Plan climat-air-énergie territorial (PCAET)

-la proposition de bâtir un écosystème alternatif à l'économie marchande porté par des individus et des organisations impliqués dans le Collectif pour une Transition Citoyenne (CTC)

-la création d'un Archipel Citoyen-Osons les Jours Heureux qui mène un travail de reliance pour renforcer la coopération entre les organisations

-le courant du municipalisme qui vise à renforcer la démocratie de base dans les territoires, avec une attention aux quartiers populaires et à la réciprocité avec les territoires ruraux.

L'alignement des planètes autour des plans climats

Dans le format actuel, les plans climats sont des projets de territoire porté sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la réduction de la dépense énergétique et la limitation de la vulnérabilité climatique en permettant d'adapter les territoires sur les court, moyen et long terme. Il s'agit d'un document réalisé par les collectivités locales qui comprend trois parties : les objectifs stratégiques et opérationnels, le programme des actions à réaliser et un dispositif de suivi et d'évaluation des résultats. Notre proposition vise à dépasser le simple document réglementaire pour créer un processus inclusif et appropriable par tous qui nous mène vers l'action.

Articuler l'ensemble de nos actions et propositions autour de la création de plans climats éccoosystémiques présente un double avantage :

-premièrement, cette proposition permet à tous les citoyens d'agir dans son territoire, à l'échelle de son quartier, de sa ville ou de son village tout en s'inscrivant dans un mouvement global. Les Plans Climats Ecosystémiques pourraient devenir des catalyseurs qui réunissent l'ensemble de nos actions et propositions dispersées en les rassemblant dans une stratégie cohérente.

-deuxièmement, se saisir des plans climats permet de rappeler le rôle central des institutions politiques dans la lutte contre le changement climatique. Les institutions ont la responsabilité d'élaborer des plans climats qui soient à la hauteur des enjeux.

En clair, l'action autour des plans climats permet un « alignement de plusieurs planètes » entre les revendications du mouvement social, les politiques publiques menées par les collectivités locales et la création d'alternatives au système marchand.

Au delà de la planification

Avant d'approfondir cette proposition, il est important de s'interroger sur la notion de « plan ». Issu du vocabulaire de la « planification », les plans sont nécessaire mais ils sont souvent rendus inopérant à cause de leur technicité, de leur lourdeur, de leur manque de capacité d'adaptation aux réel etc...

La tradition planificatrice interprète le changement dans des termes trop généraux en utilisant des artifices comme la statistique (par ex. la baisse 30% des énergies fossiles). Souvent les actions proposées ne sont pas réellement définies ni appropriables par tous les acteurs. De plus, les plans ne nous disent rarement quel est le mode opératoire. Aussi ambitieux qu'ils soient, les plans manquent souvent des moyens, des compétences, des savoirs faire dans leur mise en oeuvre. Il manque souvent une prise en compte des futurs blocages qui ne tarderont pas à arriver et qui remettront souvent en cause les objectifs initiaux. En outre, ils ne s'attaquent que très rarement aux intérêt économiques qui constituent une grande partie du problème lié au changement climatique.

Nous devons prendre en compte et éviter ces écueils en rendant les « plans » plus souples, réactifs, démocratiques, offensifs, et adaptables à chaque réalité. Nous devons éviter le risque de passer des centaines d'heures à élaborer un très beau plan ambitieux mais ne pas réussir à le mettre en œuvre.

L'élaboration de plan climat écocsystémique est l'occasion d'imaginer de nouveaux processus au delà de la tradition planificatrice. Nous avons besoin d'élaborer la transition de chaque rue, chaque quartier, chaque ville, chaque village, chaque entreprise pour que le mix énergétique de demain s'adapte à la réalité du territoire (voir ex. Amsterdam).

Relier, Relier, toujours relier

Pour aligner et ajuster l'ensemble de nos initiatives, nous pouvons continuer à relier les acteurs (reliance) et mener une cartographie des propositions portées par chaque organisation ou mouvement (connaissance) à chaque échelle territoriale.

Ce travail peut constituer une nouvelle étape pour la dynamique de l'Archipel Citoyen – Osons les Jours Heureux.Toutefois cet alignement ne peut pas se faire autour d'un seul réseau, ce qui provoquerait une possible centralisation. D'où l'importance de l'appropriation de cette démarche par des réseaux comme le Crid, le CTC, le muncipalisme, les communs... L'alignement doit être décentralisé en insistant sur la place des territoires.

La confluence municipaliste

Pour être à la hauteur des enjeux nous avons également besoin d'une infrastructure politique et démocratique capable de mettre en œuvre, d'accompagner, de réguler, de capitaliser, d'évaluer... et de financer les plans climats écoosystémiques.

Le mouvement municipaliste envisage les municipalités comme l'acteur stratégique de cette transition en lien avec les autres échelles territoriales, du régional au planétaire. Pour cela, dans la continuité de la pensée de Murray Bookchin, nous pensons qu'il est nécessaire de :

renforcer les groupes de bases, des comités de quartier, les assemblées de quartier en s'appuyant sur les méthodes d'organisation (community organizing, union de quartier...)

se saisir des élections communale et intercommunale en faisant émerger des listes participatives et des confluences d'organisation.

Le changement climatique étant une problématique planétaire, il est également indispensable de poursuivre le dialogue et la coopération avec les initiatives menées dans les autres pays pour faire émerger un mouvement démocratique mondial. Nous pouvons nous appuyer sur particulier sur les relations tissées dans les organisations de solidarité internationale et le mouvement altermondialiste.

Le nœud administratif

L'alignement entre le mouvement social et les institutions municipales est stratégique mais c'est un exercice difficile. Ces mondes ne parlent pas la même langue et n'ont pas les même visions du changement. Au cœur du problème, il y a la nécessité de dépasser la vieille division entre l'appareil administratif et politique qui est au cœur du fonctionnement de nos institutions.

Réussir ce dialogue est une phase particulièrement critique et difficile. Les incompréhensions et conflits peuvent être nombreux. Nous avons besoin ;

de nouvelles méthodes pour imaginer un alignement avec la culture administrative (facilitation, processus multi-acteur, processus U, advocacy planning, recherche-action...)

de nouveaux espaces intermédiaires de négociation (Ateliers Populaires du Climat -APC, conférence de consensus...).

Les universités peuvent être des acteurs jouant un rôle clef dans ce dialogue, la formation des futurs professionnels, et la mise en œuvre de recherche-action pour évaluer ce processus.

La proposition écosystémique

L'alignement avec « l'axe écosystémique » porté par des membres du collectif pour une transition citoyenne (CTC) et l'Archipel Osons les Jours Heureux vise à sortir de la dépendance au système marchand.

Il s'agit de faire émerger des alternatives économiques sous la forme de coopérative. On peut imaginer que si les entreprises ne respectent pas des engagements vis à vis du plans climats écoosystémiques, il sera proposé aux citoyens de changer de banque, d'opérateur de téléphonie mobile, d'opération d'énergie, de fournisseur alimentaire au profit de coopérative respectueuse des plans climats.

L'axe écosystémique peut s'accompagner des stratégies liées au boycott et au désinvestissement tout en construisant des alternatives qui fonctionnent. Une discussion avec les réseaux d'ATTAC pourrait enrichir la première proposition. Il est également nécessaire de réaligner le monde de l'économie sociale et solidaire avec le mouvement social.

L'infrastructure numérique

Nous avons aussi besoin d'une infrastructure numérique permettant à la fois une participation massive des citoyens à la mise en œuvre des plans climats locaux, des échanges inter-territoires, des transferts d'expériences et de savoirs et une participation au nouvel écosystème économique en lien avec les nouveaux opérateurs coopératifs et les nouvelles monnaies.

Cette infrastructure économique peut s'inspirer du mouvement des communs. Nous pouvons partir de l'initiative de Transiscope et de Framasoft pour faire émerger un « wikiclimat » ou d'un « open climate map » pour relier l'ensemble des initiatives issus du plans climats écoosystémiques.

Transformer les rapports sociaux

Enfin, nous devons pas perdre de vue la dimension sociale de la transition écologique. La transition est à envisager comme transformation des rapports sociaux en construisant les alternatives avec les populations qui sont le plus impactés et dominés par le système économique actuel, prenant en compte les dimensions de genre, de classe et du racisme.

Pour éviter que nos actions n'aboutissent à des phénomènes de « gentrification verte » excluant les classes populaires des futurs territoires en transition, il parait indispensable que les plans climats écosystémiques s'attaquent aux inégalités dans les territoires.

Il s'agit de construire des mécanismes de régulation des phénomènes de dépossession, de ségrégation sociospatiale, de spéculation foncière, immobilière et de la financiarisation des territoires. C'est tout l'enjeu de la revendication pour le Droit à la Ville qui pourrait s'accompagner de l'émergence d'une nouvelle génération de droits communs et territoriaux.

Pour avancer nous proposons de discuter ces initiatives :

lors de la rencontre de Villarceaux III avec l'Archipel Citoyen-le Crid-le CTC (6, 7 décembre 2018)

https://mypads.framapad.org/mypads/?/mypads/group/autres-98gmv7j8/pad/vi...

dans les évènements organisés lors de la Biennale des Villes en transition (9-16 mars 2019) https://semestriel.framapad.org/p/biennale_grenoble

Perspectives possibles

Envisager une dizaine de territoires pour mener une expérimentation en 2019-2020

Grenoble, Marseille, Paris, Drôme, Haute Savoie...

Séminaire à chaque équinoxe ou solstice pour faire le point sur l'alignement dans un lieu syma (Oasis urbaine, habitat groupé...)
20 mars 2019 et 23 septembre 2019