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Avis de Marie-Hélène Bacqué suite à la prise de position de la Table de Quartier contre la démolition du 20 Galerie de l'Arlequin

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Photo :Thierry Pasquet/Signatures (DR)

AVIS DE MARIE-HELENE BACQUE, SOCIOLOGUE, CO-AUTEUR DU RAPPORT POUR UNE REFORME RADICALE DE LA POLITIQUE DE LA VILLE.

Suite à la séance de l'Université Populaire de la Villeneuve du 26 avril 2018, des habitants m’ont demandé de réagir à la prise de position de la Table de quartier contre les démolitions du 10/20 Galerie de l'Arlequin.

L'une des 30 propositions du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la Ville » que Mohamed Mechmache et moi-même avons remis en juillet 2013 au ministre chargé de la Ville, François LAMY, portait en effet sur la création des Tables de quartier, en s’inspirant du modèle québécois. L'intention de cette proposition était de soutenir la création d’espaces d’initiatives, d’interpellation et de mobilisation dans les quartiers populaires, dans une perspective de renforcement du pouvoir d'agir des habitants et de développement de la démocratie. Malheureusement, la loi Lamy de février 2014 a abouti à la création des Conseils Citoyens qui sont des instances participatives très institutionnelles mises en place par les élus et les préfets.

Des Tables de quartier sont cependant nées dans une trentaine de villes dont Grenoble où la municipalité a souhaité créer des instances hybrides qui portent le nom de « Table de Quartier », en référence à l'esprit du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville », tout en s'inscrivant dans les règles de fonctionnement des Conseils Citoyens de la loi Lamy. Ces tables, dans leur diversité, représentent des espaces riches d’innovation et d’expérimentation démocratique.

La Table de quartier de la Villeneuve, relayant les habitants organisés au sein d'un Collectif contre les démolitions imposées, émet aujourd’hui, auprès du comité de pilotage de la rénovation urbaine, un avis négatif sur des projets de démolitions annoncés par la municipalité, en particulier au 10/20 Galerie de l'Arlequin.

Cette démarche me semble participer de la logique d’interpellation et de co-construction que nous préconisions dans notre rapport. Comme j'ai pu le dire lors de la séance de l'Université Populaire de la Villeneuve, la rénovation urbaine n'a pas de sens si elle se construit contre l’avis des habitants. Ce sont eux qui vivent à la Villeneuve, qui y partagent l’expérience du quotidien, qui ont la connaissance d’usage. Le projet ne peut se construire qu’avec eux.

J’espère que les institutions locales et nationales sauront balayer les logiques descendantes qui prévalent dans beaucoup d’opérations ANRU, être à l'écoute des avis des premiers concernés car il ne fait aucun doute que lorsqu'ils s'impliquent dans l'avenir de leur quartier, en particulier lors des projets de transformation urbaine, un véritable changement est possible. Prendre en compte l’avis de la Table de quartier et s’appuyer sur son expertise et ses capacités de mobilisation pour retravailler le projet avec les habitants, serait aussi le moyen de pousser plus avant l’expérimentation démocratique qu’elle constitue et de la reconnaître pleinement.

Paris, le 3 Mai 2018